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vendredi 23 juin 2023

Terima Kazih Indonésie•Escal'A2roues#56•




Terima kazih Indonésie !
Publié le 14 décembre 2022


La suite des aventures de la Riquiquitralara familly en Indonésie...

▪︎Kawa Ijen, vous prendrez bien une tasse de soufre au p'tit déj' ?


Le Kawah Ijen a tenu ses promesses.

Un réveil nocturne suivi d'un rallye en scooter sur des routes aux allures de montagnes russes, à la lueur des phares, puis quelques centaines de mètres de dénivelé dans le halo de nos frontales. Lorsque le jour se lève, nous sommes déjà au cœur du cratère. Les premières lueurs dévoilent la scène.






En quelques minutes, la fumée sombre dore à vue d'œil, les cailloux prennent la couleur du soleil, les flammes bleues s’évaporent peu à peu, le lac d'acide apparaît lentement. Ses eaux turquoises attirent autant qu'elles repoussent...


Le spectacle bat son plein. Puis d'un seul coup, le vent tourne.

Rebondissement : ça pique la gorge, ça arrache le nez, ça fait pleurer les yeux, nos poumons se remplissent malgré eux. Nous retenons tous notre respiration quelques instants, attendant avec suspens le dénouement de l'histoire... Quel scénario !








Mine de soufre à ciel ouvert, porteurs lourdement chargés, souffrants, ambiance martienne…






Les travailleurs d’Ijen, ces extra-terrestres…

Toute une vie à avaler de la fumée et des vapeurs de soufre, à cueillir des cailloux fluorescents, à soulever de très lourdes charges, à descendre dans le noir au creux du cratère, à gravir les centaines de mètres de dénivelé pour en extraire sa récolte, à marcher dans les blocs, chaussés de tongs et à la lueur d'une lampe torche, un chiffon humide dans la bouche en guise de masque, une barre en fer pour seul outil.





Recommencer chaque jour ce dur labeur, au bureau de l'enfer, dans la gueule du diable.

Et avoir encore la force d’un « halo » et d’un sourire pour les badauds.



▪︎ Baluran, un tour dans la savane…



Deux scooters, des oiseaux multicolores, des singes espiègles, une forêt tropicale, des paons qui font les beaux, des cerfs balèzes, la mer bleue, des mangroves labyrinthiques, des crabes tout jolis et des bestioles aquatiques un peu zarbi.









Ici les singes sont à la fois voleurs, moqueurs, agitateurs, goinfreurs, prestigitateurs, énervateurs grimpeurs et baigneurs...









Des arbres isolés, de la terre rouge, de l’herbe sèche... une journée dans la savane africaine où il ne manquait finalement que les girafes !

Quoique…





▪︎Karimunjawa, enfin des vacances !



On a trouvé plus crevant que pédaler 10h par jour et plus fatiguant que guider sur les sommets...

Un mois à jouer aux guides touristiques vulcanogues et à l'agence de voyage tout compris, c'est usant !! Réserver des hôtels, acheter des billets de trains, négocier des taxis, louer des scooters, dénicher des bus de nuits, dégoter des bateaux, faire des plans, les défaire, les refaire, marchander les prix, regarder la météo, trouver les bons restaurants, jouer avec les averses et les orages, passer entre les gouttes, gruger les rangers, organiser les visites, se tenir au courant des dernières éruptions, des accès possibles, jouer aux traducteurs, se lever à minuit et marcher…

Et un jour qui l'eut cru, on nous donne une journée de congé ! Devinez pour quoi on a opté ?! Les vacances à la plage !







L'archipel de Karimunjawa, c'est une réserve naturelle de 27 îles, situé au large de la côte nord de Java.

L'île de l'île... Vie insulaire, incitant à ralentir un peu le rythme… Images de baigneurs, cocotiers et plages de sable blanc, profitez-en, parce que ce n'est pas souvent !


Je me suis même jetée à l'eau (et c'est suffisamment rare pour être signalé !) espérant peut-être secrètement déclencher l'éruption du siècle !

Il n’en fut rien… Juste quelques litres d'eau salée avalés, des coups de soleil sur les fesses et un grand défilé de poissons multicolores.



Tel de vrais vacanciers, équipés de palmes, masque et tuba, nous avons nagé dans un aquarium géant, au milieu de poissons arc en ciel et de coraux bleus.








Nous avons vu des étoiles de mer, des coquillages et des bateaux de pêche aux mille couleurs !

▪︎ A l'affût du Krakatau...

Rendez-vous sur Pulau Sebesi, toute petite île de pêcheurs située entre Java et Sumatra.

Sebesi est l'île habitée la plus proche du monstre du détroit de la Sonde : le Krakatau ! Connu pour ses réveils soudains, ses éruptions dévastatrices, ses effondrements sur lui-même et les tsunamis qu'il déclenche.

Le Krakatau est classé niveau 3 depuis le mois d'avril dernier : « mode veille » selon les spécialistes. Ce qui veut dire que si l'animal n'est pas franchement réveillé, il n’est pas vraiment endormi non plus !

Jusqu'où pousser le bouchon ? A quel moment faut-il arrêter de jouer ? Où placer le curseur ? Jusqu'à quelle distance minimale s’approcher ? Telles sont les questions qui tracassent les vulcanologues en herbe que nous sommes.

Serait-ce ces mêmes interrogations qui hantent les rêves des grands vulcanologues ?

Nous passons nos vies professionnelles à jongler avec des risques, à tenter de les évaluer, les limiter, les accepter ou refuser tout simplement de les prendre parfois. Mais là, on ne parle pas d’une pierre qui roule au dessus de votre tête, d’une pente de neige qui se décroche sous vos pieds ou d’un abîme de glace prêt à vous avaler tout cru…

Ce coup-ci, c’est avec les caprices du centre de la terre qu'il faut composer. On se sent encore plus minus !

Il y a "jouer avec le feu" et sa propre pomme et "jouer avec le feu" accompagné d'une bande d’illuminés qui vous paie à la fois pour que vous les accompagniez voir de la lave rouge, des projectiles qui volent, des fumées toxiques et à la fois pour rentrer vivant et si possible sans être cramé au dixième degré !

Quel job ! Quel engagement et quelle exposition pour ces passionnés de montagnes fumantes et pour tous ces guides des cratères !

Pas difficile d'imaginer que tel Icare, l’on puisse s’y brûler les ailes.

Curiosité débordante et soif infinie de découverte, spectacle captivant et souvenir de cette folle soirée de février où sous nos yeux éberlués, l'Etna s'embrasa.

Dans un rayon de cinq kilomètres autour du volcan, la zone est chaudement déconseillé !



Pulau Sebesi est l'île toute ronde au nord du Krakatau...


L'accès depuis les côtes Javanaises coûtant un saladier, nous prenons le chemin des vulcanogues fauchés. Un bus, un ferry pour Sumatra, un minibus jusqu'à un débarcadère en bois où des tonnes de régimes de bananes « made in Sebesi » sont en train d'être déchargées d'un bateau en bois.



Comment imaginer que des touristes puissent embarquer ici ?

Pourtant quelques heures plus tard, c'est bien nous qui remplaçons les bananes à bord. Quatre touristes dans la cale, au milieu des sacs de riz, de tomates, de piments, de piles d'œufs de 18 étages et de carcasses de poulets ...




De loin, le Krakatau est facile à repérer, bas sur l'eau et tout couvert de fumée. Lors d'une des dernières éruptions, le cône a perdu plus de cent mètres de hauteur... par temps calme, la rando montant au sommet est donc passée d'une durée de 2h30 de marche autrefois à 40 minutes aujourd'hui !







Bon sinon sur Sebesi, les gens semblent vivre à un rythme plutôt pépouze. Le petit bateau qui y accoste et en repart une fois par jour rythme les journées des habitants... On troque les bananes dans un sens contre des colis Amazon dans l'autre. Les bufles broutent le gazon du terrain de foot, les fèves de cacao sont énormes et les cocotiers faciles à grimper !






Et pour la petite histoire, Sebesi est probablement l'île où les gens sont les plus mirots au monde. Un bon projet humanitaire serait d'envoyer, ici, un ferry rempli de paires de lunettes tant la vue des habitants semble défaillante...

Tout du moins si l'on s'en tient à tous ces "hello mister" qui fusent dans les allées et les chemins !

Que l'on soit quatre, parité respectée, que l’on soit deux filles ou que je sois toute seule, c'est la même chose ! "How are you Mister ?"

Je tente un peu de pédagogie en ajoutant à leur lexique anglophone le "miss" et le "missis" mais le "hello mister" semble être la formule toute prête pour saluer un farang ou une faranguette ici !


Finalement, se faire appeler "mister", c'est moindre mal !

En parlant de lunettes, il nous en faudrait peut-être un paire chacun également parce que, même de nuit, même après avoir gravis des mètres de dénivelé dans les plantation de bananiers, de cacaoyers, de cocotiers et bartas en tout genre, après des heures d'attente, à l'affût... nous n'avons rien vu du tout !

Juste beaucoup de fumée, pas mal de bruit mais pas de lave rouge tant attendue ! Le Krakatau a poursuivi sa veille... Et notre curiosité est restée suspendue à l'horizon !

Ici comme ailleurs, le temps file à toute allure… nos visas arrivent déjà à leur terme.




C’est l’heure de refaire les bagages. Pour certains les valises se sont considérablement allégées, alors que pour d’autres, les sacoches se sont considérablement alourdies...

Deux tupperwares de bugnes sitôt arrivées, sitôt avalées !

Corde, baudriers, chaussons, dégaines, mousquetons, friends, sacs à magnésie… que de petits trésors ramenés de nos caisses à matériel restées en France et qui laissent présager de belles journées minérales pour les mois à venir !

C’est le moment de conclure cet intermède javanais…

Merci à nos deux facteurs préférés, merci papa, merci maman !

C'était un peu noël avant l’heure !



« Terima kazih » l'Indonésie, on se souviendra de tes sourires et de tes montagnes fumantes !

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