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lundi 26 juin 2023

Les vacances à la montagne Japon#8.Escal'A2roues#98







Quelques tours de pédales et nous voici au pied des Alpes du Nord !

Alors que nous faisons une halte à Omachi dans la préfecture de Nagano, la star locale, Kentaro San, nous accueille dans son magasin d'équipement de montagne pour deux séances de cinéma. Pour lui, l'idée est de présenter son tout dernier topo et pour nous, il s'agit de projeter un petit film et de raconter un peu notre périple à deux et à deux roues. Pour l'occasion, nous sommes même passés dans le journal local parait-il !

Ce coup-ci, nous avons droit à un public international puisque nous comptons parmi nos spectateurs des japonais, un chinois, une australienne et un canadien ! Un chouette moment d'échanges et de partage.



Le tout suivi d'un dîner chez Mr Kentaro. Après la découverte de sa maison à la plage perchée au sommet d'une colline et remplie d'objets montagnards, nous découvrons un peu hallucinés sa maison au pied des montagnes : Parasol, seaux en plastique, mouette empaillée, bouée flamant rose et serviette de plage avec des cocotiers... Non, je rigole !

La maison de Kentaro est immense mais on peut à peine circuler à l'intérieur tant elle est encombrée de bazar. Dans l'entrée, il faut contourner des skis. Dans le couloir, il faut zigzaguer entre les caisses de matos et les piles de topos. Dans la salle à manger, un mini poêle ronronne et il y a tout un tas d'affaires qui sèchent et s'imprègnent de l'odeur du feu de bois. Pour aller s'asseoir sur le tapis où le repas est servi, il faut enjamber trois sacs de couchage en plumes, -25°C confort, qui reprennent leur gonflant. Enfin dans la salle de bain, il n'y a pas d'eau, dans les toilettes, la chasse est capricieuse et dans la cuisine, il n'y pas d'eau chaude ! Bref, la maison de Kentaro est un véritable refuge au pied des montagnes !

C'est aussi dans celle-ci que nous ferons l'expérience de nos deux premiers tremblements de terre. Tout qui craque, les lustres qui bougent, le plancher qui vibre, des sirènes dans la ville, des annonces au haut -parleur dans les rues et nos cerveaux qui peinent à comprendre de quoi il s'agit exactement !

La maison de Kentaro est semblable à une cabane de montagne mais une cabane antisismique s'il vous plaît !

Suite à la projection, il est fort probable que notre guide japonais ait trouvé que nos images manquaient de neige, de sommets et d'aventures.

Quelle surprise allait-il nous concocter ?

En quelques minutes, nous nous retrouvons déguisés en alpinistes : grosses chaussures aux pieds, crampons, corde et deux piolets tractions dans le sac à dos. Il nous explique que le refuge est déjà réservé et nous donne des tickets pour les remontées mécaniques.

On nous présente une dame nommée Sasaki, qui jouera à la fois le rôle de cliente et de guide.


Nous n'avons tous les trois aucune idée de là où nous allons, de ce que nous allons faire, ni de ce que nous allons vivre là- haut mais qui ira verra !

Comment dit-on "inchallah" en japonais ?!

Il est minuit passé lorsque la soirée post-projection se termine et que l'on nous explique que le réveil du lendemain matin est fixé à 4h30 et ce n'est pas une blague ! Mlle Sasaki suit et applique les consignes de Kentaro à la lettre.

Elle nous conduit tout d’abord au fin fond d'une vallée où un grand parking payant est déjà bien rempli à cette heure très matinale.

Nous nous retrouvons ensuite à faire la queue dans une file interminable de randonneurs insomniaques et équipés comme des cosmonautes. Les guichets finissent par ouvrir mais nous, comme nous sommes des alpinistes très organisés, nous avons déjà nos tickets !! C'est bien la première fois de notre vie que nous avons une réservation pour la première benne !


La suite est une succession de transports en commun ayant l'avantage de présenter à peu près tous les moyens motorisés existants pour grimper sur les sommets sans s'essouffler ni transpirer !

Le parcours du combattant pour un alpiniste pyrénéen, la hantise d'un guide nouvelle vague version "immersion alpine" !

Bus, téléphérique, bus électrique, funiculaire, bus...


Et je ne vous parle pas de toutes ces tonnes de béton car tout ce parcours est totalement underground. Un vrai réseau souterrain parsemé de rails, de câbles, de goudrons et de gares où les voyageurs des cîmes attendent la correspondance suivante comme sur le quai du métro lorsqu'ils partent chaque matin bosser.

La seule portion à l'air libre dans ce voyage vers les sommets, consiste à avancer en utilisant ses propres pieds (!!) quelques centaines de mètres, pour rejoindre la remontée mécanique suivante, en marchant sur un énorme barrage !!



C'est bien la peine de s'embêter toute une année à faire du vélo pour se retrouver à prendre tous ces trucs à moteur en quelques heures !

Pour nous, c'est Disneyland et comme on va de surprise en surprise, on se demande bien ce que l'on va rencontrer à l'arrivée, au terme de cette épopée mécanique.


Voilà à peu près dans quelques circonstances, nous nous retrouvons les pieds dans la neige sur le plateau de Tateyama au beau milieu des Alpes du Nord japonaises, le temps d'un week-end. Une balade en mode mixte-climbing, un joli sommet et surtout une chouette opportunité pour découvrir cet attrait incroyable qu'ont les japonais pour la montagne !


Au Japon, la coutume veut que le dimanche, on aille se balader en campagne ou en montagne. Ce jour-là, tous les transports en commun sont donc pris d'assaut par des randonneurs, et des alpinistes. Gobelets en fer, grelots, bob et piolet accrochés au sac à dos.

Forcément, là -haut, il y a foule ! Des badeaux, des marcheurs, des grimpeurs et même des skieurs. Des très jeunes enfants dans des porte-bébés, aux petits garçons et petites filles, piolet à la main, en passant par les grands parents. C'est randonnée avec ou sans crampons pour toute la famille. Et le soir venu, c'est refuge ou camping dans la neige pour tout le monde !


Dans toutes les pentes de neige, sur toutes les arêtes, sur chaque sommet, de petits points noirs sont en mouvement. Ça grouille de partout !

Et au beau milieu de cette foule, au cœur de ces montagnes ou dans un refuge à l'autre bout du monde, il y a toujours quelqu'une ou quelqu'un sorti de je ne sais où qui s'approche de vous et dit : "Hello Bruno ! Comment ça va ? Ils sont où les vélos..."

Le Bruno en question, tout comme ces japonais m'étonneront décidément toujours !



Nous sommes donc trois petits points noirs supplémentaires à débarquer au milieu d'un vaste plateau enneigé entouré de sommets et traversé par une route bordée de hauts murs de neige.

Et maintenant, on fait quoi ? C'est à cet instant que Miss Sasaki sort de sa poche, un petit bout de carte avec un tracé en rouge. Elle seule connaît le nom du sommet que nous devons gravir aujourd'hui et elle seule sait reconnaître le nom sur la carte.


Comme elle tient sa carte à l'envers et ne semble pas vraiment savoir l'orienter, nous échangeons momentanément les rôles de guides et de clients.



Une jolie arête descend du sommet en question. Ce sera parfait pour nous occuper quelques heures et nous permettre d'aller admirer le paysage et peut-être même apercevoir la mer du Japon au loin !

Après avoir chaussé les crampons, vint le moment de sortir la corde et d'accrocher 2 ou 3 friends à notre baudrier. Nous formons une cordée 100% féminine pendant que Bruno se balade devant en mode éclaireur et photo-reporter.



Le terrain est une alternance de pentes de neige, de rochers et de flaques d'herbe où nous alternons progressions simultanées et mini longueurs.



En chemin, l'observation d'un couple de lagopèdes est l'occasion d'apprendre un nouveau mot japonais : "Raicho" (prononcé "Laicho").

Ça tombe bien puisque notre maison du jour s'appelle également comme ça. Une fois le sommet atteint, le prochain jeu de piste consiste à trouver le refuge dans lequel nos places ont été réservées, au milieu de cette multitude de bâtiments, de refuges, de cabanes et de tentes.


Un indice nous est donné : il y a des bains d'eau chaude naturelle là où il est prévu que l'on dorme ce soir. C'est ainsi que notre nez et une forte odeur de soufre nous mènent à destination. Autour du refuge, la neige est toute jaune et des fumerolles s'échappent du vallon en contrebas.



La suite est encore une surprise et c'est peut-être même celle que j'ai préférée !

Le refuge !

Un vrai toit sur la tête, du chauffage, des dortoirs (non mixte que tu ne peux pas gruger !), des couchettes super grandes (où tu pourrais pourtant dormir à deux !), avec des petits rideaux à ton lit, des prises électriques (pour chacun), des couettes et des oreillers (trop chouettes !), une étagère pour ton sac, tes crampons et ton piolet (oui, oui, dans le dortoir !), des bains thermaux avec vue sur les montagnes (trop classes !), des douches, un repas de « malade » et un petit déjeuner de fou avec tout à volonté !

Seule la vue à la fenêtre du réfectoire était un peu encombrée par le léger reliquat de neige de l'hiver mais on leur pardonnera !


Bon... j'imagine que la demi-pension dans ce palace devait coûter un bras et qu'on aurait sûrement beaucoup moins kiffé si on avait dû payer mais là on a juste adoré !



Le lendemain, il restait une tâche à accomplir pour clôturer en beauté ce week-end à la montagne et avant de rejoindre la vallée : trouver une utilité à ces paires de piolets traction que l'on nous avait ordonné d'emporter.



Les énormes congères formant de hauts murs de neige sur le bord de la route nous sont alors apparues comme étant le terrain de jeu idéal.

Faire les acrobates au- dessus de la tête des touristes, je ne sais pas si c'était vraiment ce que Kentaro San avait imaginé en nous donnant ces piolets mais pour nous qui n'en avions pas touché un de l'hiver cela aura déjà suffi à nous amuser !





Quant à Mme Sasaki, elle ne sut plus vraiment s'il fallait, à ce moment -là, nous surveiller et nous dissuader de faire les zouaves ou bien s'il fallait nous suivre dans nos délires !

Pas toujours simple la double casquette guide/client, client/guide, on en sait quelque chose !

Merci Kentaro pour nous avoir permis d'en vivre l'expérience !































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