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lundi 26 juin 2023

Du caillou et des salades Japon#7.Escal'A2roues#97



Une montagne de granit posée sur des champs de laitues,voilà qui pourrait présenter Ogawayama de manière plus originale que ce que le font les topos d'escalade.


Car Ogawayama ce n'est pas simplement LE spot de grimpe japonais le plus populaire c'est aussi LE lieu de naissance de presque toutes les salades du pays. Ici, c'est monoculture intensive, sillons couverts de bâches à perte de vue, serres en plastiques immenses et odeurs d'engrais à plein nez. Il paraîtrait que faire pousser ces laitues pour les vendre ensuite dans les supermarchés de Tokyo rapporte un fric fou et il paraîtrait aussi que ce serait des ouvriers agricoles thaïlandais qui seraient les mains vertes de ces grands entrepreneurs japonais.

Une fois de plus, c'est du sud qu'arrivent les travailleurs immigrés. C'est plus au sud, que l'on puise sa main d'œuvre bon marché, c'est assez fou comme c'est récurrent à tous ces pays traversés. Chaque pays a semble-t-il toujours un endroit privilégié duquel il fait venir ces ouvriers. Autrement dit, on trouve toujours, plus pauvre que soi pour les travaux difficiles et quand le niveau de salaire et inversement proportionnel à la pénibilité de la tâche, on peut difficilement faire croire que l'on fait du social ! Bref, nous sommes toujours la main d'œuvre bon marché de quelqu'un d'autre et c'est assez intéressant de le constater de ses "propres" yeux.

En France, après les espagnols, les portugais, les marocains ou les algériens, maintenant ce sont les turcs qui font souvent les travaux des champs ou qui occupent les emplois du bâtiment dont presque plus personne ne veut . En Turquie, ce sont les réfugiés syriens que les turcs font bosser sous le cagnard dans les champs. Et en Inde, ces esclaves des temps modernes qui bossaient à plus de 4000 mètres d'altitude pour fabriquer du goudron pour que les camions militaires roulent plus vite, d'où venaient-ils d'après vous ? De castes défavorisées et du sud du pays évidemment... Vu le climat et l'altitude, difficile de nous faire croire que cette population d'ouvriers puisse être la mieux adaptée !

Ainsi on pourrait imaginer un circuit touristique et solidaire en allant chaque fois visiter le pays d'origine et découvrir les conditions de vie de la main d'œuvre bon marché du pays précédemment visité. Vous suivez ? À coup sûr, cette route nous conduirait de plus en plus au sud...

A l'heure où nous sommes sur le point de basculer de l'autre côté de la planète, je m'interroge...Qu'en sera-t-il dans l'hémisphère sud ? Les ouvriers occupant ces postes sous-payés seront-ils originaires du nord ce coup-ci ?

En même temps, j'imagine assez mal les Australiens ou les Néozélandais faire appel à des manchots empereurs d'Antarctique pour venir ramasser leurs fruits. Premièrement, quand on est manchot, la cueillette, ce n'est pas simple et deuxièmement, je ne sais pas si cela ferait bon ménage avec les kangourous...

Mais j'arrête de vous raconter des salades...


Ici, j'avais prévu de vous parler de ce spot de grimpe génial qu'est Ogawayama.

Ogawayama, c'est une jolie vallée avec une rivière qui coule en son milieu. C'est de la forêt partout et des blocs de granit de toutes tailles qui la parsèment.

Il y en a de si immenses qu'ils sont semblables à des falaises, d'autres plus riquiquis sont comme de gros œufs posés en équilibre dans la pente. D'autres encore, on ne sait par quel hasard ce sont retrouvés empilés les uns sur les autres comme de véritables cairns géants.


Des chemins de randonnée sillonnent tout le massif et le fond de la vallée fait office de grand terrain de camping. Quelques toilettes et même des douches chaudes, des distributeurs automatiques de glaces et de bières, des emplacements pour faire du feu et s'abriter de la pluie. Ici, le week-end, il y a foule ! Tous ces bouts de cailloux font évidemment le bonheur des grimpeurs et ce qui est chouette ici, c'est que la diversité de bipèdes grimpants est grande.


Il y a les bloqueurs qui errent dans la forêt, avec leurs grands crashpads sur le dos et leurs brosses à dents télescopiques à la main, à la recherche d'un problème sur lequel se casser les dents et laisser la peau des doigts. Ils peuvent alors rester des heures à se triturer le cerveau et à se défourailler les bras pour trouver l'enchaînement idéal leurs permettant de se hisser deux, trois, parfois quatre mètres plus haut sans se scratcher au sol en cours de route. De retour en vallée, on les reconnaît relativement facilement, ils ont les bouts des doigts tout roses, des épaules de nageurs et parfois des béquilles et des chevilles en compote !

Puis, il y a les grimpeurs de voies. Dans cette espèce, il y a deux sous-catégories : Ceux qui sont tout maigrichons et qui ont de petits sacs à dos sur lequel on peut voir une canne à pêche télescopique pour clipper les points récalcitrants. Et puis, il y a ceux qui ont des sacs énormes remplis de ferrailles, les bras tout râpés et les mains couvertes de strap.



Les premiers font de l'escalade dite "sportive" sur des voies équipées de broches ou de goujons, ils grimpent sur des murs raides et lisses, sur des dalles inclinées et encore plus lisses ou dans des dévers renversants. Le jeu consistant, là encore, à trouver l'enchaînement parfait pour partir du bas et rejoindre le relais au sommet de la voie, sans tomber ni se reposer assis dans le baudrier. Pour cela, si c'est trop dur pour leur niveau, ils peuvent passer des heures pendus à la corde à étudier chaque mouvement, chaque prise de pied et à tester chaque séquence puis ils en parlent entre eux durant un bon moment !


Enfin les derniers, ont une véritable quincaillerie multicolore accrochée au baudrier et ont les mains bandées de sparadrap ou gantées de mitaines. Ils suivent les lignes de faiblesse du rocher et grimpent parfois à la vitesse d'un escargot ! On dit qu'ils font de l'escalade "trad", ce qui veut dire qu'ils se protègent d'une éventuelle chute en plaçant eux-mêmes le matériel de sécurité même si parfois ce même mot est assez éloigné de la réalité !



La plupart du temps, il s'agit de remonter des fissures de tailles variées en s'y coinçant si possible et là, tous les coups sont permis ! Orteils, pieds, chevilles, mollets, genoux et cuisses ; doigts, mains, poignets, bras, coudes, épaules mais aussi parfois et exceptionnellement fesses et têtes !

C'est beaucoup moins glorieux que les deux styles de grimpe précédemment évoqués mais tout aussi amusant !



Évidemment nous appartenons à cette ultime catégorie et nous aurons passé une dizaine de jours à crapahuter sur les rochers d'Ogawayama.




Nous avons partagé quelques journées avec des grimpeurs locaux qui nous auront guidés de belles voies en jolies fissures mais souvent nous nous débrouillions seuls. Par chance, un tout nouveau topo composé de trois tomes avec les descriptions d'approches hyper détaillées et des textes traduits en anglais vient tout juste d'être publié. Grâce à ce dernier nous pouvons trouver relativement facilement le caillou convoité au beau milieu de cette grande forêt. Sans celui-ci cette session grimpe se serait très certainement transformée en session trekking & bartas 



Au fil des jours, on se sera régalé des fissures les plus classiques du coin. Splitters, dièdres, écailles, toits, cheminées, il y en a pour tous les goûts !




Nous aurons aussi grimpé quelques itinéraires plus dalleux à l'équipement mixte c'est à dire qu'il y a des points de protection en place quand et seulement quand il n'y a pas possibilité de se protéger par soi- même. Dans ce genre de voies, on ne peut pas franchement dire qu'on se repose l'esprit tant la distance entre les spits est grande !

Il faut à chaque fois que l'on quitte un point, pour s'élancer vers le suivant, emporter avec soi une bonne dose de courage !




Nous grimperons aussi quelques couennes spitées afin de laisser un peu de repos à nos cerveaux mais aussi à nos os ! On oublie vite que la grimpe en fissure est si douloureuse et que tous ces coincements font parfois si mal.

Confiture de doigts, marmelade de mains et compote de pieds, voici le menu !

Mais quand même, quelle joie toutes ces fissures et quelle chance que des spits n'aient pas fleuris inutilement autour de ces lignes parfaites !





Il est dur de se décider à reprendre les vélos et à se remettre en route tant on a l'impression qu'il nous reste encore une tonne de chose à grimper.

C'est finalement le mauvais temps qui sonne l'heure du départ. La pluie finit par nous chasser et le vent nous pousse plus à l'ouest vers les Alpes du Nord et de nouvelles aventures!




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