Des filles, du Whisky et quelques glaçons… Drôle de recette :
Prenez 6 pépettes complètement givrées, jetez les dans un
camion vrombissant, ajoutez y quelques sacs remplis d’objets piquants en tout
genre, remuez bien. Faites leurs ensuite successivement traverser la France, la
Manche, l’Angleterre puis une partie de l’Ecosse jusqu’à ce qu’elles soient mortes
de fatigue !
Ajoutez y un chef cuisto à la patience quasi sans limite en
provenance directe des Rocheuses Canadiennes. Passant ainsi, sans difficulté,
de la poutine au fish & chips et de grands clients costauds à de petites
nanas fluettes. Peu importe, l’adaptation est son métier et il saura une fois
de plus nous régaler !
Mélangez le tout : David et ses drôles de dames,
Anabelle, Céline, Nadiuska, Mélanie, Nadia, Lara… Bref, l’EPAF (presque) au
complet !
Ajoutez ensuite une bonne dose de motivation et une pincée
d’optimisme. Laissez mijoter puis réservez cette première préparation.
Pendant ce temps, faites prérefroidir votre
réfrigérateur : - 15°C ,
Thermostat 0.
Dans un second temps, procurez-vous une colline (1344m à la
louche !), modelez y une face nord abrupte, parsemée de parois rocheuses, agrémentée
de quelques couloirs et grandes pentes de neige et couronnée de généreuses
corniches.
Déposez ensuite à sa base, sur un replat, une petite cabane
éclairée et chauffée à souhait, petit havre de paix qu’il sera, ô combien,
plaisant de retrouver !
Habillez cette petite montagne de givre, saupoudrez la de
quelques flocons, balayez la de vent tempétueux, puis enveloppez la d’un
brouillard épais, enfin, coiffez la de quelques nuages. N’oubliez pas
d’humidifiez le tout avec un peu d’eau.
Mélanger cette seconde préparation avec la précédente. Remuez
énergiquement, arrosez de quelques gouttes de whisky puis laissez reposer en
plaçant le tout au congélateur une petite semaine, le temps que la magie opère.
Les papilles frétillent ?
… Un peu mais c’est d’abord les épaules qui chauffent ! Tels
des escargots portant leur maison sur leur dos, nous croulons sous le poids de
nos énormes sacs en nous traînant péniblement le long du sentier qui remonte la
lande jusqu’à la CIC Hut.
Il faut dire qu’en bons petits escargots, nous
transportons des carottes, des courgettes, des choux, des poivrons, des
concombres et de la salade ! Je vous rassure, pour les escargots
carnivores, il y a aussi quelques steaks de dinosaures et pour les
escargots déshydratés, quelques canettes de Guinness.
Comme des escargots, nous avançons pas bien vite et, comme
des escargots encore, nous en bavons et nous tirons la langue ! Mais les
escargots ont-ils une langue ?!
… En tout cas, on peut dire que les nôtres sont plutôt bien
pendues puisque ce ne sont pas les sujets de conversations qui manquent. L’EPAF,
c’est un peu comme « Plus belle la vie » mais en vrai ! Les
épisodes défilent à toute vitesse, aussi vaut-il mieux être bien accrochés à
ses petits bâtons ! Petites et grandes histoires de cœur à raconter… Il
semblerait même qu’il y est du nouveau du côté du cuisinier !
Voilà comment après cette petite mise en bouche jambe, nous déposons nos coquilles au refuge
et enfilons nos Gore tex pour aller donner nos premiers coups de piolets sur le
Ben Nevis.
Pourtant sur « Carn dearg icefall », jolie petite
cascade à proximité, les piolets semblent quelques peu hésitants…
Il ne me faut pas plus de 2 minutes pour me retrouver en
tête dans la partie la plus raide de cette cascade en décomposition, essayant
de grimper sur des stalactites à moitié fondues, tout en sentant l’eau froide qui
dégouline à l’intérieur de mes manches. Je tente aussi d’éviter les blocs de glace
que David, qui grimpe maintenant à mon aplomb, m’envoie sur la tête.
Tout ça ressemble bien à un bizutage. Lorsque je sors un peu
la tête de ma capuche entre deux averses de glace et que je l’entends hurler
« Bienvenue au Ben ! ». Je n’en doute plus, j’en suis
sûre !
Lundi matin, le ciel est tout gris, pourtant nous
considérons cela comme une journée de beau temps ! Nous enfilons donc vêtements
imperméables, masques et tuba pour aller faire un tour dans « The
curtain » en compagnie de la belle d’étoile (de mer) et de Nadiuska. La
fine pellicule de glace fondue qui recouvre la dalle de la première longueur
n’est pas ultra engageante pourtant la motivation l’emporte !
Les broches ne se bousculent pas mais, heureusement, bien
que délicate, la grimpe n’est pas trop difficile. Ceux qui connaissent mes
talents aquatiques comprendront : je bois la tasse au premier relais. Le
bizutage continue mais je souris, en me disant, qu’aujourd’hui, il serait très
certainement plus judicieux d’être maître nageur plutôt que guide ! Nous
rentrons toutes les trois, trempées jusqu’à la culotte mais le sourire
jusqu’aux oreilles !
Le lendemain matin, tous nos vêtements sont secs :
balle neuve !
La météo, la température et le taux d’humidité sont
similaires à la veille, pourtant nous passons des petits aux grands
projets : aujourd’hui, on sort au sommet !
David emmène une cordée dans « Zéro gully », alors qu’en compagnie, de « deux pour le prix d’une », Nadia & Nadia, je pars pour une des voies mythiques du Ben : « Point Five ».
Un itinéraire qui d’après Godefroy Perroux, selon les conditions,
peut passer d’une agréable balade à une épique galère. On aura à coup sûr opté
pour la seconde option !
Le bizutage du Ben se poursuit et je commence à
trouver ça un peu (beaucoup) énervant, à moins que je manque simplement d’un
peu d’humour… Douches glacées, glace fondue, broches pourries, grosse peur,
onglets à répétition, corde tendue, corniches… la totale !
![]() |
Nadia semble trouver "Point Five" renversant !!! |
Des moments pas
forcément très agréables mais largement récompensés par un coucher de soleil
exceptionnel pour notre première fois au sommet : Cadeau !
Le bizutage serait-il terminé ??!!
Une chose est sûre, nous ne sommes pas prêtes d’oublier
cette journée passée ensemble dans ce sacré « Point Five ».
La descente par « Abseil Post » à la lueur de la
frontale, nous ramène au confort et à la douce chaleur du refuge, où soupe, steaks et chocolat nous attendent !
Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Le mercredi
est LA belle journée de la semaine pourtant la crème solaire reste
toujours inutile ! Grosse affluence sur le Ben, le lagopède futé prévoit
« journée rouge ».
Nous manquons un peu d’originalité en allant tous dans la très
classique « Tower Ridge », ce qui
aura pour conséquences de se retrouver coincées dans un énorme
embouteillage « all the day long ».
Dans une variante de "Tower Ridge" |
Le froid est de retour, les conditions sont bien meilleures et le terrain est très roulant : les
vacances ! Les beaux passages de « Eastern Traverse » et du
« Gap » nous remontent le moral dans cet interminable concours de
lenteur !
Nous parviendrons quand même à rejoindre le plateau juste avant la
nuit mais la descente par « Number 4 » se fera, elle, complètement
« by night ».
Assurage sommital ! |
Au réveil du cinquième jour, on perd quelques copines dans
la bataille. Céline et Nadia restent au chaud alors qu’on se décide à mettre le
nez dehors malgré la tempête de vent ! L’éolienne du refuge manque de se
luxer une pale alors que les lunettes de soleil, quant à elle, restent encore
une fois à l’ombre de leur étui. Tout s’explique ! Je comprends
maintenant pourquoi les locaux ont préféré l’éolien au
solaire…
Dav, Anabelle et Mél grimpent « Harisson Direct », tandis qu’avec Nadiuska nous choisissons « Boomer’s Requiem ». A real good choice !
Nous grimpons en réversible et ça déroule. J’en profite pour faire
mes premières longueurs en second du séjour. Je redécouvre l'inconfort de cette place dans la cordée : l'attente et le froid au relais, les glaçons qui volent... Inspirée, j'ai laissé mon casque au refuge !
Sorties des difficultés, nos poursuivons jusqu’au
plateau sommital où nous retrouvons David et les filles. Nous savourons
rapidement, et en plein vent, ces derniers instants au sommet avant de
dégringoler par « Number 4 ».
Vendredi, la semaine touche à sa fin, et le séjour à la CIC Hut
aussi. On profite de cette dernière matinée pour aller rendre visite à la jolie
cascade d’« Italian Climb » avec Anab. Une belle balade !
Il est maintenant temps de quitter crampons et baudriers, de
recharger les sacs et de se laisser glisser vers Fort William avant de
prendre la très longue route du retour.
C’est le temps des bisous et des « au-revoir ».
Tous ces moments passés ensemble là haut, des plus chouettes aux plus grelottants seront bientôt d’excellents
souvenirs…
Pour Anabelle, Nadiuska, Mélanie, Céline, Nadia et David, le retour ne fait que commencer. Un camion blanc, des milliers de kilomètres et des dizaines d’heures de route les attendent…
Et moi ?
Un camion bleu, deux semaines de vacances supplémentaires et
mon monocycliste préféré sont là ! So lucky !