dimanche 24 juillet 2022

Premiers tours de pédales en Asie Centrale •Escal'A2roues#25•

Il est 6h quand nous sortons de l'aéroport d'Aktau où nous avons atteri quelques heures plus tôt et à l'intérieur duquel nous venons de prolonger, tant bien que mal, notre nuit, à même le carrelage.

La journée ne fait que commencer et le mercure du thermomètre semble déjà atteindre des sommets. Bien que le soleil soit encore relativement bas, la luminosité a déjà cet aspect bien particulier : tout brûle les yeux.
Un bâtiment perdu au beau milieu de la pampa, une route qui y arrive, une autre qui en repart, rien d'autre à l'horizon.



Pour "uniques" bagages, deux sacs à dos et deux grands cartons plats dans lesquels, nous avons réussi, comme par enchantement, à faire entrer vélos et nombreuses sacoches quelques heures plus tôt.

Il aura fallu jouer fin pour parvenir à tout démonter, à tout empiler, à tout emboîter, à tout faire entrer et à tout ficeler à grands coups de scotch. Pourtant l'hôtesse de la compagnie aériennne avec laquelle nous voyageons n'a pas été du même avis. Deux kilos de trop sur l'un des deux cartons et c'est le caprice ! "Nieto de chez nieto !"
Il nous aura alors fallu réouvrir, réorganiser, refermer et rescotcher la valise de papier géante. Dommage quand on sait que le second carton a lui, deux kilos de marge et que l'avion décolle dans moins de 30 minutes.

A l'instant présent, c'est le scénario inverse qui nous attend. Comment appelle-t-on une partie de "Tetris" à l'envers ? Un "chamboule-tout" ? Un puzzle ?
Nous remettons une à une, bout à bout, les pièces de ce grand jeu sous les regards quelque peu interrogatifs des autochtones.
Quelques heures plus tard, les vélos ont repris leurs allures habituelles : un guidon, un cadre, deux roues, une selle.  Chaque chose a retrouvé sa place dans une sacoche. On a plus que triplé de volume en quelques minutes à peine et nous sommes prêts à pédaler vers de nouveaux horizons !


Une bonne vingtaine de kilomètres, c'est la distance à parcourir pour rejoindre la ville la plus proche et c'est tout ce qu'il nous faut pour prendre la mesure de là où nous venons de mettre les pieds. Une micro traversée initiatique du désert en plein mois de juillet : le Kazakhstan en plein été, quelle bonne idée !


Vingt-trois kilomètres, vent dans le nez, quarante-cinq degrés passés, c'est juste assez pour avoir déjà trop chaud, pour avoir très soif et faire l'expérience de nos premiers mirages !

Quelques véhicules et quelques troupeaux de chameaux seront nos seules distractions sur le trajet. Sable et minuscules buissons d'épineux à perte de vue. Bienvenue dans le désert !


Les premiers immeubles finissent pourtant par apparaître au loin, complètement flous, complètement fous, semblant flotter tels des flammes au dessus de ce sol brûlant. Nos bouches sont tellement sèches que nous peinons à parler lorsqu'il s'agit de demander un peu d'eau à une voiture que l'on a arrêtée en chemin.

Après une course effrénée contre le vent, on finit par rattraper ces bâtiments qui reculent pourtant sans cesse. Plus une goutte d'eau dans nos gourdes, températures corporelles à point, nos peaux sont grillées comme celle d'un poulet et salées comme des harengs.
On se regarde et nos yeux disent tout : "ça promet !"

Aktau, des immeubles neufs sans cachet, alignés comme plantés en rang d'oignons. Cette entrée d'agglomération semble être sortie du sol si récemment.
Quelques kilomètres plus loin, le vieux style soviétique reprend le dessus.

Les voitures de toutes générations ne s'écartent guère à notre hauteur et nous obligent à parfois squatter un peu les trottoirs, les coups de klaxon sont une nouvelle fois monnaie courante.
La proximité de la mer Caspienne de l'autre côté de la ville tarde à se faire sentir, pas de fraîcheur notable ni d'air marin à déclarer...
Même un saut à la plage et un bain quelques heures plus tard, nous rafraichira à peine !



Les devantures des magasins ne laissent transparaître aucun indice, si ce n'est quelques enseignes composées d'un enchaînement de lettres, de mots en sylirique auxquels nous ne comprenons évidement rien.
C'est ainsi que, quand on pense entrer dans une banque, c'est dans un magasin de vêtements qu'on atteri ! Faute de pouvoir retirer nos premiers "tenges" à un distributeur, c'est avec deux verres d'eau offerts à la main qu'on finit. L'image est belle, c'est bien ça l'essentiel !
Avec cette chaleur étouffante, la solidarité est de mise, l'humain est tout simplement en mode survie.

Pas de pitié pour le moindre rayon de soleil, qu'il reste dehors !
Vitres teintées, portes en métal, rideaux hermétiques aux fenêtres, tout est bien colmaté.

Ces allures de commerces fermés, combinées au fait que les gens évitent naturellement de sortir aux heures les plus chaudes de la journée ou longent méthodiquement les murs ombragés donnent une impression de ville vide, désertée. Pourtant derrière chaque porte, il y a de la vie et de l'air climatisé, il suffit d'oser la pousser.

Chaque lieu habité est comme une oasis dans ce désert de sable.


Les yeux se brident et les visages sourient, les peaux se tendent et sont plus mates, les voiles et les robes fleuries apparaissent, les hommes sont parfois coiffés de casquettes en feutre.


La curiosité envers les cyclistes européens que nous sommes grandit considérablement.
Pas de doute, ce coup-ci nous avons véritablement changé de continent.

Ce matin là, nous venons de donner nos premiers tours de pédales en Asie Centrale.


En à peine quelques heures, quelques kilomètres, quelques expériences et nous aurons compris que vouloir pédaler dans le désert au mois de juillet, ce n'est pas gagné !

On pourrait évaluer ainsi notre faible autonomie :

- entre deux zones ombragées : 20 minutes
- entre deux endroits climatisés : 2 heures
- entre deux douches : 12 heures
- entre deux siestes : 6 heures
- entre deux gorgées d'eau : 15 minutes
- entre deux gorgées d'eau fraîche : 3 heures
- entre deux cornets de glace : 4 heures


Aussi, si nous ne voulons pas mourir lyophilisés et réussir à rejoindre des contrées plus montagneuses avant la fin de l'été, il va nous falloir optimiser cette traversée estivale du Kazakhstan.

Le réseau ferroviaire offre cette opportunité à merveille mais encore faut-il en comprendre les horaires mais ça, c'est une autre histoire que nous vous raconterons plus tard !

mardi 19 juillet 2022

Recto - Verso •Escal'A2roues#24•

Plus de deux mois que l'on parfait notre bronzage pour être au top pour nos futures vacances à la plage...
Y a des zèbres par là ?! 

Mer Caspienne, nous voilà ! 

Ps: on a enfin compris à quoi sert le support Gopro sur le casque !




2000km pour les biclous •Escal'A2roues•

 

... Et peut-être même un peu plus puisque quand on porte les vélos, ce n'est pas comptabilisé au compteur, si ?!


Deux mois sur la route •Escal'A2roues#23•

 Deux mois sur la route c'est :

◇ 5 pays 🇮🇹 🇬🇷 🇹🇷 🇬🇪 🇦🇲

◇ 2058 km 🚲


◇ De belles rencontres encore 🙋🏽‍♀️

◇ Des invitations 🍽


◇ De chouettes découvertes toujours 🌍


◇ Des dizaines de montgolfières 🌈


◇ Une gamelle et quelques bobos ❌


◇ 1 bus 🚌

◇ 2 journées d'escalade 🧗‍♂️


◇ 25 jours de vélos ce mois-ci 🚵‍♂️

◇ 23 nuits en bivouacs et 7 nuits à l'intérieur 🏕 🏠


◇  4 jours de vélos sous la pluie 🌧


◇ Des petits dessins ✏


◇ 1 cuite 🍷
◇ 1 interview pour la télé 📺


◇ 1 bain en piscine 💧

◇ 12kg de cerises 🍒 




lundi 11 juillet 2022

Sur la route du tour...•Escal'A2roues#22•


Vaste étendue bleue à l'horizon, le Lac Sevan se dévoile à nous, au terme d'une sacrée journée.

60 km et 1600 mètres de dénivelé dans un flux quasi continu de voitures et de camions. C'est dimanche et aujourd'hui tout le monde est de sortie. Quelle idée avons-nous eu de faire cette étape ce jour-là ! Ce serait un peu comme aller faire ses courses à vélo au Pas de la Case, un week-end !
Le profil du terrain, la chaleur et la conduite arménienne nous malmènent un peu. En Arménie, tout comme en Géorgie, les deux roues sont des espèces rares et par conséquent menacées. Manque d'habitude ou simple négligence, c'est bien simple, on semble parfois être invisible !

On prend peu à peu de l'altitude en remontant une à une les épingles et en se frayant tant bien que mal un chemin au milieu de ce trafic bien dense. Imaginez deux pauvres bagnoles égarées au milieu du peloton cycliste du tour de France. C'est à peu près à ça que l'on ressemble !


"Refus d'obstacle" à l'entrée du tunnel, long de quelques kilomètres, qui évite la partie haute du col ("passer le tunnel du Mont Blanc à vélo un dimanche soir, c'est niet !") nous permet de retrouver une route déserte, de profiter du calme dans les derniers lacets, de s'offrir un bonus de 300 mètres de dénivelé supplémentaires et un beau bivouac frais au sommet.

Le lendemain, nous voici en route pour le Lac Sevan, la perle de l'Arménie ! 78km de long, 56km de large, perché à 1900 mètres, deuxième plus grand lac d'altitude après le lac Titicaca parait-il... Et si on en faisait le tour ?

A la force des mollets, sur la petite reine, voyons, quelles surprises la route du tour a, à nous offrir...

Km 0 : Tente pliée, sacoches bien ficelées. Top départ !


Km 2 : Grande descente pour rejoindre le lac et petite pause dans ce village perché à 2100 mètres d'altitude pour une partie de foot aussi endiablée qu'improvisée. Chacun y va de son coup de pied !



Km 8 : Passage au stand pour l'achat du p'tit dej' : le kilo de cerises quotidien accompagné de beignets à la patate. L'épicière déclare à notre grand étonnement et en français : "Bonjour, je m'appelle Ovasanna."
Avant le départ, elle viendra m'offrir une rose qui trônera sur mon guidon durant quelques kilomètres.

Km 10 : A peine avons-nous rejoint la berge du lac que je manque voir disparaître mon Bruno sous les roues de la première voiture venue. Mais pourquoi passer si près de nous alors qu'il n'y a personne sur la voie opposée. On vote à l'unanimité l'adoption de l'écarteur biodégradable. Entendez par là, une branche avec une touffe de feuille au bout, accrochée à notre porte bagage. Cela marchera un certain temps ou un temps certain.

Km 12 : Magnifiques hôtels soviétiques sur notre droite. Architecture coupée à la faucille et toit martelé au marteau. C'est à en faire frémir Steiner avec tous ces angles droits. La vue du balcon doit être superbe. On réserve pour ce soir ?



Km 19 : "Oh le train !" Coups de klaxon et grands signes à la fenêtre de la locomotive adressés aux coureurs du tour. Mythique !

Km 23 : "Wouah, t'as vu le bâtiment là-bas ?" Demi-tour !



En passant sous une palissade en béton éventrée, on entre dans l'ancien complexe hôtelier. Cela fait quelques temps que le jardinier ne fait plus le job. Allées envahies de buissons, réception en ruine, bungalows abandonnés, tout est charmant. Mais c'est pour la salle de restaurant panoramique que j'ai le coup de foudre. Chapiteau métallique et verrière arrondie avec vue sur le lac. Trop la classe !


Une sieste sur la terrasse ensoleillée et c'est reparti 


Km 31 : Pause ravitaillement dans l'une de ces épiceries de bord de route où il n'y a quasiment rien à acheter si ce n'est des chips et de la vodka. On opte pour le premier ingrédient, alors que l'on mange assis par terre, à l'ombre du préfabriqué métallique, la vendeuse nous invite à entrer pour prendre un café. Ce dernier sera aussitôt accompagné de bonbons et d'une glace. Autour de ce goûter, nous discutons de la pluie et du beau temps, c'est à dire du nombre de kilomètres jusqu'au prochain vrai supermarché et de la glace qui se forme ou pas sur le lac en hiver.
En quelques minutes, la petite dame devient pour nous la Maman de Sergueï. Sergueï, 18 ans, mort à la guerre contre l'Azerbaïdjan tout proche, en 2021. Il y a quelques mois à peine, cette maman perdait son grand garçon pour des querelles absurdes entre deux nations voisines. Tristesse, colère, incompréhension... Pourquoi encore ces horreurs aujourd'hui ?
Nous l'embrassons, la remercions, lui souhaitons plein de courage et reprenons la route. C'est tout chamboulés que nous quittons ce village nommé Drakhtik.
"Drakhtik" veut dire "Paradis"


Km 41 : Shorzha. Une épicerie un peu plus digne de ce nom qui va nous permettre de faire notre premier vrai repas de la journée. Ce soir : pain, fromage, saucisse, tomates. Épicières aimables comme des portes de goulag. On ne s'attarde pas, on continue !

Km 45 : Au niveau de ce cap, la route quitte la côte. Et si on coupait par ce chemin en terre. 5 km de tôle ondulée plus loin, nieto, ça ne passe pas ! Peu importe, le spot est royal pour dormir. On pause le bivouac et on profite encore de quelques heures de soleil. Trop calés !


Km 61 : Alors que l'on mange trois graines en guise de p'tit déj' assis sur le parapet d'un pont, un 4x4 arrivant en sens inverse se gare à notre hauteur. On comprend plus ou moins que le conducteur réclame une photo. Pas bien réveillée, je lui montre l'appareil mais il nous fait comprendre qu'il souhaite être lui aussi sur la photo. Pendant que Bruno installe l'appareil en mode déclencheur automatique sur le toit de la voiture, le gars se rapproche louchement de moi. Le temps que les dix interminables secondes du retardateur ne s'égrainent, il m'agrippe par la hanche et me plaque contre lui. Je déteste. Clic, clac ! La photo est dans la boîte, il va me lâcher maintenant. C'était mal connaître l'animal. Le temps que Bruno se retourne pour aller récupérer l'appareil et voilà sa main sur mes fesses. Je lui retourne la mienne dans la figure mais comme il est grand et surtout gros, elle ne lui giflera que l'épaule. Peu importe, l'intention y était. Il me regarde surpris avec son air de gros malin puis tend sa grosse main à Bruno. Pas gêné le type ! On lui fait signe de remettre ses fesses dans sa voiture et de dégager vite alors qu'il insiste encore pour une poignée de main amicale. Le 4x4 finit par repartir, on se regarde, scotchés. Aussitôt la photo est supprimée.


Km 72 : Retour à l'humanité. On fait un stop dans une énième micro-épicerie pour boire un café et là encore, on nous offre une glace pour l'accompagner. Bientôt, cinq papis débarquent, les bras chargés de sac remplis de commissions. En quelques minutes, certains organisent table et chaises pendant que d'autres coupent légumes, fromage et pains. Les derniers sortent les verres et les bouteilles. Efficaces. Très vite, les voilà à table pour un repas entre vieux copains d'enfance. Évidemment, on nous invite à trinquer : vin, vodka ou bière, on a le choix ! On parvient à décliner l'offre liquide et on opte pour du solide, un bout de pain et du fromage avant de se remettre en selle. Une fois encore, on ne nous laissera rien payer.


Km 78 : 
A l'ombre du tracteur, au milieu du champ, des ouvriers agricoles nous interpellent. Ils nous invitent par de grands gestes à boire un coup avec eux. On fait mine de ne pas tout comprendre, on les salue et on évite avec brio ce "traquenard vodka" à 11h du mat' !

Km 88 : "Oh un copain !"
C'est toujours chouette de croiser un voyageur à vélo. Les questions sont souvent les mêmes... D'où viens-tu ? Depuis combien de temps es-tu parti ? Où vas-tu après ?
Ce jeune belge avait commencé son voyage avant la pandémie et a du l'interrompre au bout de 6 mois. Son vélo l'a sagement attendu pendant presque deux ans en Turquie, avant que ne sonne l'heure des retrouvailles en avril dernier. Comme il fait le tour du lac en sens inverse, nous nous donnons rendez-vous à Erevan dans quelques jours. Qui sait !?

Km 90 : On choisit de prendre ce raccourci en terre pour éviter la grande ville de Vardenis... C'est beau, c'est calme mais il n'y a rien à manger !

Km 103 : On rejoint la grande route, et faisons une halte devant une station essence.
Les stations essence sont assez semblables aux nôtres, à un détail près. Pas de pompes mais quelques bouteilles en plastique remplies de carburant sont posées au sol. En même temps, ici, on roule au gaz.
"Barev barev, restaurant ?" : 1km par là.
Ce n'est pas la bonne direction mais la faim nous pousse en contre-sens !

Km 104 : Un grand bâtiment avec de grandes baies vitrées noires et quelque chose écrit en haut. "Restaurant ??"
"Da, da" "OK, cool !"
Un petit espace sur le côté du bâtiment sert de bar, on nous conduit par un couloir dans une petite pièce à l'arrière. Des toilettes ?
Non. Dans ce cagibi, il y a la place pour une seule table où le couvert est installé pour quatre personnes. On se regarde un peu interloqué. Le patron ramène bientôt avec lui, une nana en mini-jupe, couverte de maquillage et avec de grandes boucles d'oreilles. On est tombé dans une discothèque ou quoi ?!
Cette dernière nous montre sur son téléphone des photos de frites et de salade trouvés sur le net.
Affamés comme nous sommes, on salive déjà ! On a cependant la présence d'esprit de demander le prix.
7000 dram... 7000 ??!?
On mange habituellement pour 1000 chacun. Décidément, ici, c'est vraiment louche...
On renfourche nos vélos, le ventre toujours aussi vide et sans avoir vraiment compris où on venait de mettre les pieds !

Km 117 : Une voiture arrivant en sens inverse nous fait des appels de phare et s'arrête à notre hauteur. Une main se tend à la fenêtre avec des biscuits.
"Abris, Abris !"
Ils sont tout mous mais c'est bien chouette quand même !

Km 120 : Décidément sur cette grande route, les voitures jouent avec nous comme avec des boules de flipper. Je suggère de rallonger l'écarteur mais ce serait exagéré de trimballer un rondin sur le porte-bagage. On opte pour le maillot jaune. Ce sera peut-être le seul tour où il y en aura deux leaders sur la même étape. De toute manière, l'important n'est pas de gagner mais de participer, non ?


Km 132 : Une pseudo épicerie de plus, c'est à dire une pièce quasi vide avec 30 bouteilles de marque diffrentes de vodka, 9 de soda, 6 de biscuits et 3 de chips. Ce coup-ci, c'est grand luxe, il y a aussi du pain. On en dévore un gros sur place. On nous offre deux bouteilles de limonade. C'est frais, c'est bon. C'est donc ça le "Sevan Up" ?
Quand on demande à payer le pain, là encore, c'est cadeau !

Km 138 : Une belle route bordée de pins qui longe la côte, on se croirait dans les Landes.


Km 139 : La plage, des jeunes en maillots de bain et une vielle voiture jaune, on se croirait dans un film des années 60.

Km 141 : Fin d'étape à Martouni, 96km dans les pattes aujourd'hui.


Km 158 : Le paysage est magnifique. Falaises de basalte, grandes étendues vertes, lac couleur menthe à l'eau et grand vent qui souffle.
Et si on se posait un peu sur la plage par là ?
Pour une fois, qu'on veut se la couler douce à la plage, c'est un troupeau de vaches qui débarque ! On fuit illico !


Km 162 : Des préfabriqués métalliques et des marchands de poissons séchés jalonnent la route et nous interpellent. Du poisson au p'tit dej', ça te branche ?!? Hi !


Km 180 : Pause chez un marchand de caillou.


Des énormes blocs, une très grosse machine qui les coupe en tranche avec un système de scies et d'eau qui asperge les fissures et puis un pauvre homme qui sculpte, plié en deux, le dos cassé, en plein soleil, des pierres... tombales.


Km 185 : Des champs de patates en fleurs, des gens qui font les foins et des vielles carcasses de voitures plantées à la verticale qui servent de barrières entre les parcelles.

Km 190 : Deux motards en vadrouille qui ont emmené leurs chiens sur leurs porte-bagages nous saluent.

Km 195 : Un groupe de cyclistes déguisés en coureurs du tour, avec vélos à assistance électrique et avec une voiture suiveuse font mine de ne pas nous voir. Ben ouais... On ne joue pas dans la même catégorie... Nous, on pédale en tong !

Km 212 : Zone habitée en vue : demi-tour pour retrouver un coin sauvage. Un Kebab, un podcast very good trip qui nous transporte à Woodstock et au lit.

Km 230 : La route est bien trop étroite et bien trop fréquentée pour ne pas rouler de temps à autre dans le bas-côté. Hâte de fuir le trafic !

Km 242 : Sevan, retour à la civilisation !

La grande ville du coin, cerises, abricots, croissants au chocolat et café !

Papotage avec deux touristes suisses qui reviendront quelques minutes plus tard nous offrir un "sujukh".
Sucrerie Géorgienne et Arménienne : noix enrobées de sirop de raisin effilées sur une ficelle. Merci !

Un autre homme nous offre aussi un espèce de thé chaud aux fruits rouges. "Abris" !


Cette fois, la boucle est bouclée. Il ne reste plus qu'à se laisser filer vent dans le dos sur l'autoroute en direction de Yerevan !

Pour le meilleur grimpeur, c'est le maillot à poids et pour le meilleur descendeur ? Pointe à 66km/h !

Bref, c'était l'épopée de deux cyclistes sur la route du tour... du lac Sevan.

Au jeu des dix milles bornes... •Escal'A2roues#21•


Rouler à vélo vers l'Est, c'est un peu comme jouer à une partie géante de milles bornes. Disons même dix milles bornes pour être plus juste.

Non seulement tu dois pédaler pour avancer mais tu dois aussi éviter les crevaisons et les chiens enragés. Tu dois trouver des endroits chouettes pour bivouaquer chaque soir et tu dois aussi déjouer les problèmes mécaniques et les chauffards bourrés à la vodka. Quand tu pioches la carte "Patatra", tu dois aussi patienter ou être ralenti pour cause de bobos, de mal aux fesses ou aux mollets. Même combat pour la carte "météo" : pluie, reste à l'abri.
Avec la carte "diplomatie", il te faudra aussi jongler avec les visas, les frontières fermées pour raison politique ou celles fermées pour cause de covid, avec les états d'urgence et les couvre-feu en vigueur. Enfin avec la carte "survie", il faudra aussi jouer fin et composer avec les hautes températures estivales, les déserts, la neige et les cols à 4000 mètres d'altitude...
Un bon programme.


A Tbilissi, on tombe sur la case, "pose toi un peu et réfléchis". C'est la première fois depuis le début de la partie. Ça tombe bien, on pioche également le joker "hôtel avec wifi".

L'Azerbaïdjan, toujours fermé pour cause de covid (?), n'ouvrira pas ses portes avant le 1er septembre, la rumeur s'est officialisée. L'entrée par voie aérienne dans le pays semble pour autant fonctionner mais pas par voie terrestre... Vélovole ?
L'accès à la mer Caspienne est donc impossible aux voyageurs souhaitant rejoindre l'Asie centrale et tous les pays en "stan" depuis Baku en bateau.
Une autre option serait de traverser l'Arménie, de rejoindre l'Iran et puis de remonter par le Turkménistan. Là encore, ce dernier a ses frontières fermées pour une durée indéfinie et ce visa semblait de toute façon déjà quasi impossible à avoir obtenir depuis des années.
Une dernière option terrestre serait de traverser le Caucase, d'entrer en Russie pour rejoindre le Kazakhstan. Pas simple à l'heure actuelle.
Pas d'autre alternative que piocher. On tombe sur la carte "voie aérienne" pour faire un bond au dessus de la Caspienne... depuis Tbilissi, depuis Erevan ou depuis Téhéran, c'est au choix !
Nous n'avons pas de visa iranien, l'été est déjà bien trop installé pour espérer y pédaler au mois de juillet et très peu d'avions décollent depuis Téhéran.
La carte "curiosité" nous pousse donc à rouler jusqu'à Erevan d'où nous essaierons de nous envoler pour Aktau, sur la côte de la mer Caspienne au Kazakhstan.
Reste à passer par la case "déchetterie" pour trouver deux grands cartons pour emballer nos vélos puis rejoindre la case "aéroport".



Entre temps les infos défilent sur ce gigantesque groupe whatsapp de cyclistes roulant vers l'Est. Certains y demandent des infos sur des hôtels en Turquie quand d'autres galèrent à Islamabad, quand d'autres encore essaient désespérément de réparer leur réchaud ou leur roue à Bichkek et que d'autres déjà bien plus à l'Est veulent entrer au Myanmar.

Au beau milieu de tous ces échanges, on peut maintenant lire que la route du Pamir serait actuellement fermée, la frontière entre le Tadjikistan et le Kirghizistan également, tout comme la frontière entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. Ça commence à faire mal en une seule partie... et ça n'arrange pas trop nos affaires.

Mais comme on dit au jeu des dix milles bornes : Qui roulera, verra !

En plus, aujourd'hui, c'est bonus. On a passé les 2000 km, on peut passer deux fois au ravito et avoir double ration de cerises ! Youpi !