Partir en vacances dans le nord de l’Ecosse en plein hiver, c’est un peu comme vouloir aller faire de l’alpinisme dans un pays plat, emmener des skis dans un endroit où il ne neige normalement presque jamais, ou encore dormir dans un camion sans chauffage quand il fait un froid de canard : drôles d’idées !
Il faut dire qu’ici,
tout semble fonctionner différemment, un peu comme si tout marchait à l’envers !
C’est vrai
quoi !? C’est quand même un des seuls endroits que je connaisse où quand
il fait beau, il fait gris (et quand il fait gris, il fait beau !) ;
un endroit où les garçons portent des jupettes en plein hiver (et sans collant
en plus !), où tout le monde roule à contresens sans que cela ne semble
gêner personne, où les vaches ont plus de poils devant les yeux que sur le dos,
où les moutons broutent la neige, où l’on boit du thé à l’heure de l’apéro, où de
simples collines deviennent de grandes montagnes, où pour se réchauffer on a
rien trouvé de mieux que d’aller au rayon surgelé du supermarché et où
même l’eau salée se met à geler !
Comble de la
bizarrerie, les gens qui vivent là, préfèrent le beurre de cacahuète au Nutella,
mangent des frites avec du poisson, fabriquent des boissons avec de l’eau
boueuse et imaginent même des monstres sortant des lacs…
Ils adorent aussi
aller se promener les jours de tempête, skier sur les cailloux, faire des
glissades en tout genre dans la neige, passer des journées à tailler des
marches pendant que d’autres grimpent des voies d’escalade d’été mais en plein
hiver, prendre des douches de neige poudreuse ou d’eau glacée…
Un sacré programme
pour les pauvres petits français que nous sommes !
20
commandements pour un scottish trip réussi :
1. De crampons et
piolets, tu t’armeras ;
2. Mouillé et
congelé, souvent tu seras ;
3. Excentriques et
cablés, tu privilégieras ;
4. La qualité de la glace, tu ne regarderas
pas ;
5. Dans le givre tu
évolueras ;
6. Un peu peur,
parfois, tu auras ;
7. Ce que tu fais
là tu te le demanderas ( ?!?) ;
8. Sur des collines
tu grimperas ;
9. Etonné puis
séduit tu seras !
10. Sur la crème
solaire, tu économiseras ;
11. Désespérément,
les pubs, tu chercheras ;
12. Whisky et
Guinness, tu boiras ;
13. Ton monocycle,
tu emporteras ;
14. Dans le camion,
tu te gèleras ;
15. Parfois sous la
couette tu resteras !
16. Avec kite et
ski tu t’amuseras ;
17. Le vent tu
espèreras ;
18. Dans les champs
enneigés et au milieu des moutons tu rideras ;
19. En bord de mer,
tu te baladeras ;
20. De super vacances
en amoureux, tu passeras !
Voilà comment, au
fil des jours, notre maison bleue sur roulettes, nous a successivement conduit
du rude climat des Cairngorms au brouillard du Ben Nevis en passant par le vent
de Creag Meagaidh, la pluie du port d’Ulapool et la boulangerie d’Inverness…
De Fort William, la
première difficulté consiste à longer le Loch Ness sans se faire croquer par le
monstre. Première mission accomplie puisque nous n’avons pas vu l’ombre d’une
seule de ses moustaches ni de ses nageoires ! Il faut dire qu’il fait un
froid à laisser dormir un monstre au fond d’un lac…
Nous continuons
donc notre chemin jusqu’au Massif des Cairngorms. Il fait un vent à arracher un
kilt des fesses d’un écossais, le camion manque de se renverser à chaque bourrasques,
heureusement qu’il est lesté de quelques kilos de pancakes et de quelques pots
de beurre de cacahuète. Etonnés que nous sommes lorsque nous découvrons au
milieu des cailloux… une station de ski et quelques skieurs qui, pliés en deux
à cause du vent, tentent de remonter la pente sous les câbles des téléskis
innopérationnels ! (Quand je vous dis qu’ils font tout de travers !)
Nous enfilons
ensuite nos chaussures à semelles de plomb pour partir à la découverte des
Northern Corries. Une approche de quelques kilomètres en plein vent nous permet
enfin dedécouvrir ce petit cirque rocheux qui doit être tout à fait charmant en
été mais plutôt austère en hiver !
Cueillie à froid
par ces petites voies courtes mais néanmoins techniques, je finis par terre à
plat dos après avoir fait mes trois premiers mètres d’escalade… Voilà qui
commence bien ! Heureusement que deux minutes avant, j’expliquais à mon
amoureux d’assureur que le sac c’est vachement bien pour te protéger le dos si
jamais tu venais à tomber : la preuve en images ! … Je savais que
j’aurais dû enlever les semelles de plomb avant de grimper !
Je me remets sur
pattes et repart à l’assaut de ces foutues dalles de granit !
Ce jour là, on réussira
à dévoiler en partie le secret de « Magic crack » : Les fissures
à doigts en crampons/piolets, ce n’est pas commode !
Les lames des
piolets s’en donnent à cœur joie pendant que les crampons rayent désespérément la
dalle qui entoure de part et d’autre cette magnifique fissure, à la recherche
de la moindre aspérité qui enfin les retiendrait. Les crampons ripent, les
pointes crissent, le métal fait des étincelles, les genoux se plaignent de tant
de maltraitance, le pantalon tire la tronche et les lames des piolets
fléchissent dangereusement pendant que l’onglet commence à se faire sentir dans
les gants ! Un régal ! Le voilà le secret de « Magic
Crack » !
Ce petit cirque
balayé par les vents et les coulées de neige poudreuse est si sympathique que,
quelques jours plus tard, nous retournons y balader nos coinceurs. L’escalade y
est toujours aussi rustique mais on s’en accommode volontiers. Encore une belle
journée d’alpinisme écossais !

Cette fois, on est
prêts pour partir à l’assaut de « Citadel », une grande voie mixte de
300m qui se trouve à quelques heures de marche. La journée s’annonce plutôt longue !
C’est remontés comme des pendules (3h du matin c’est tôt !) et équipés
comme des chevaliers que nous mettons le nez dehors ! C’est bien simple, le
ciel et le sol sont tout aussi blanc. Nous, par contre, on voit rouge et retournons
nous réfugier sous la couette : la forteresse attendra !
Les jours suivants
se suivent et se ressemblent à peu de chose près : le thermomètre plonge
sous les zéro degrés et sans jamais vouloir remonter ! Quand il fait plus chaud
au rayon frais du supermarché que dans notre maison, quand les flocons tombent
sur les plages, que les moutons pataugent dans la neige, que les tracteurs font
office de chasse-neige, quand on réchauffe les portables à la poêle et quand la mer commence à geler, c’est le coup de
grâce : on s’avoue tout simplement vaincus !
On troque les
crampons pour les skis, les piolets pour les barres, les cordes pour les
suspentes et les coinceurs pour les voiles !
A croire qu’entre
le prince et la princesse ça bat un peu de l’aile puisque nous nous amusons
comme des fous chacun dans notre coin à nous faire tracter par nos
voiles ! Je découvre une nouvelle activité et de nouvelles sensations :
jouer avec le vent ! Dans un premier temps, je crains de rentrer en France
par la voie des airs sans l’avoir véritablement programmé mais au fil des
jours j’arriverai peu à peu à dompter ce gros cerf-volant qui ne demande qu’une
chose : me faire quitter le sol !
De champs enneigés
en champs super enneigés (dans un endroit où il ne neige habituellement
pas !), le vent nous pousse toujours plus au nord. L’occasion de découvrir
le beau monolithe d’Am Buchaille, gravi pour la première fois à l’aide
d’échelles ! Quels grimpeurs ces écossais !
Après avoir
participé au déneigement de quelques routes nord écossaises à grands coups de
pelle, nous reprenons le chemin des montagnes et échangeons les casquettes de
kiteurs pour celles d’alpinistes.
Après toutes ces
heures d’entraînement acharné et sans relâche à apprivoiser le vent, toutes
les chances étaient de notre côté pour aller rendre visite à « The fly
direct » à Creag Meagaidh. Une ligne de mixte de 300m environ qui rappelle
quelques souvenirs à Bruno puisqu’il avait ouvert jadis (au siècle
dernier !) une ligne voisine de celle-ci.
Après quelques
heures de marche et un départ que l’on pourrait qualifier de lévitationnel,
nous ancrons nos piolets dans de la glace et de la neige un peu plus
consistante. Ouuufff !
La suite déroule
davantage et malgré toute la neige qui se déverse sur nous, on se régale !
Les points ne sont pas toujours bien solides, les ancrages pas toujours
excellents et la progression à corde tendue reste parfois la solution quand
aucun emplacement de relais, digne de ce nom, ne se présente.
De placage en
placage, de touffe en touffe, nous prenons rapidement de la hauteur jusqu’à
déboucher au sommet où le panorama est, à couper le souffle… complètement
bouché et ultra venté !C’est à se demander
pourquoi on s’acharne à grimper sur différentes montagnes puisque à chaque
fois, ou presque, on y découvre la même chose : Il n’y a rien à voir,
circulez !
Jour blanc, dans
lequel on tournicote en rond avant de s’avouer finalement, un peu perdus !
On se jette alors dans le premier couloir venu qui, par chance, nous permet de
dégringoler jusqu’à la base de la paroi ! Quelle belle journée !
Une dernière petite
journée s’offre à nous avant l’excursion
touristique à London city, motivation principale du voyage. Nous en profitons donc pour aller rendre une
dernière visite à ce sacré Ben Nevis, et quelle visite !!
C’est un peu comme
si nous avions sauté dans une fusée pour un aller simple pour Neptune ou
Pluton ! Un véritable voyage dans l’espace !
La vague de froid
des dix derniers jours a littéralement recouvert la montagne d’une carapace de
givre et c’est tout simplement magique !
Nous serpentons de
couloirs de neige en coulées de glace, ressauts rocheux, pentes de neige
bordées de stalactites biscornues, de champignons de givre et de corniches
débordantes.
Les 400m
d’ « Orion Face » sont vite avalés et nous voilà, une fois de
plus sur le toit du Royaume Uni.
Fidèle à lui même,
ce dernier nous offre quelques km/h de vent et une visibilité quasi
nulle ! Une fois encore, nous sommes perdus ! Aussi, pour trouver le
chemin de descente par « Number 4 », nous optons pour le joker
« appel à un ami », merci
« Iphigénie » !
Nous redescendons,
pour la dernière fois, de cette montagne incroyable dans un décor de givre tout
simplement hallucinant…
Quelle ne sera pas
notre surprise, quand le soir venu, en jetant un œil curieux au topo nous
découvrirons que la ligne que nous avons instinctivement suivie aujourd’hui se
nomme tout naturellement : « Journey into space » !
La nature fait
souvent bien les choses et les voies portent parfois bien leurs noms… Quant à
nous, nous reprenons la direction du sud, heureux comme deux cosmonautes qui
auraient grimpé sur la lune et ridé la voie lactée !