lundi 18 octobre 2021

Une journée dans la peau d'une "taupe-modèle"

Toooooooooop ! Réveil-matin, la taupe-modèle se réveille. Les yeux un peu collés par tant de lumière naturelle, elle saute néanmoins aussitôt sur ses pattes arrières encore un peu flagada de l'excursion souterraine de la veille. La taupe journée peut commencer ! 

Passage rapide au stand : cheveux en bataille en guise de brushing et quelques traces résiduelles de terre sur les joues pour simple maquillage. 

Petit déj' gourmand afin de copieusement alimenter le suspens face à chacune des étroitures qu'elle rencontrera sur son passage. Passera, passera pas ? 

Un petit festin tout naturellement agrémenté de belles lectures : le "Taupely planet" consacré à la région en question pour éveiller sa curiosité ou bien encore un "Taupe hebdo" pour se tenir au jus des dernières grandes découvertes. 

C'est devant sa garde-robe que l'on retrouve Miss Taupe quelques instants plus tard. Difficile choix que de trouver la tenue adéquate pour le grand défilé ?

Il lui faut assurément quelque chose d'à la fois élégant mais lui donnant un aspect décontract', de confortable pour pouvoir se rouler dans tous les sens, de visible sans que cela ne soit trop excentrique, de photogénique en vue du crépitement des flashs et de suffisamment chaud pour ne pas s'enrhumer à chaque courant d'air… et on le sait tous, s'il y a bien une choses dont les taupes raffolent, ce sont les courants d'air !

Quel vêtement lui permettra de garder son dos au chaud après s'être tortillée comme un vers de terre pendant des heures ? Quelle couleur restera encore un peu visible quand en quelques minutes à peine, elle sera intégralement recouverte de 10 cm de boue ? 

Après moultes hésitations, c'est pour un pyjama "tout-en-un" en polaire et une grande combinaison rouge qu'elle craque ! Taupe sexy !

Mais avant de rentrer en scène, la tenue vestimentaire de la taupe peut être beaucoup plus légère : un short, une jupe ou même un simple slip… Débardeur ou brassière… Ô combien confortable lorsque les marches d'approche se déroulent sous une chaleur torride, sous une pluie légère ou dans des champs de ronces ! 


Des escarpins rouges "waterproof" feront l'objet de son choix. Avec ces derniers, elle pourra alors, en toute liberté, sauter joyeusement à pieds joints dans de grandes flaques, faire de scabreuses escalades et courir vite dans de grandes galeries.

Avant...

... après

L'étape suivante de la journée d'une taupe consiste à choisir méticuleusement un trou dans lequel plonger et se régaler d'une jolie balade. Pour cela, elle feuillette la grande encyclopédie des trous. 
Et un trou, me direz-vous, c'est un trou ! 
Un truc noir dans lequel on n'y voit pas grand chose et dont on sort en général plus fatigué et moins propre qu'en y entrant. Ce n'est pas totalement faux mais détrompez-vous, il y a vraiment toutes sortes de trous et dans lesquels on vit toutes sortes d'expériences !
Grotte, cavité, antre, aven, gouffre, scialet, chorum, golet... Beaux puits, grandes galeries, méandres magiques, concrétions incroyables, foutues étroitures, jolies rivières, belles salles… Grottes sèches et grands volumes ou bien boueuses et étroites. Progression verticale ou horizontale.




La spéléo, c'est un peu comme la mode, il y en a pour tous les goûts ! Et les goûts et les couleurs… Forcément, le plus souvent, la couleur est le marron ! Mais attention, il existe tout un camaïeu de marrons !
Il y a les trous d'où on sort propres comme des sous neufs et d'autres d'où l'on sort comme de véritables petits cochons, plus rarement il y a ceux où on entre sales et desquels on sort propres, sans parler de ceux d'où l'on sort trempés comme des serpillères et ceux d'où l'on sort cabossé comme une banane trimballée toute une journée dans un kit de spéléo. Les connaisseurs comprendront certainement



 Et puis parfois, il y a les trous pour lesquels on ne sait rien. Ceux qui n'existent pas encore vraiment et qu'il faut complètement inventer ! Le chantier
Faire de l'exploration disent les aventuriers, faire de la "première" disent les spéléos, faire avancer la science disent encore les plus hurluberlus ! 

Les plus optimistes creusent des mètres et des mètres de galeries en se cassant les bras à coups de pioche et en se cassant la tête pour savoir comment stocker tant de gravats. Les plus malins prospectent dans les bartas à la recherche de la moindre petite anfractuosité d'où sortirait le moindre filet d'air prometteur. Quant au plus malin des optimistes, il se fait passer pour un hydrogéologue et ordonne à ses petits copains de creuser dans cette direction car ils trouveront très certainement un truc incroyable ! …Et aussi incroyable que cela puisse paraître, figurez vous que ça fonctionne !
Des bagnards honnêtes, des esclaves libres, des doux rêveurs, voilà à quoi ressemblent les taupes


Une fois, la cavité topographiée, on connaît 
les noms et anecdotes de chaque passage, le nombre de kilomètres de corde à emporter dans ses bagages, le dénivelé et la distance à parcourir et un aperçu de la géographie de la grotte grâce à un dessin ressemblant presque toujours à un intestin. Pas très appétissant mais bien utile !


On connait aussi assez vaguement sa localisation… 
"Vaguement"... C'est bien là le problème ! Coordonnées Lambert inconvertibles, schémas, descriptions rocambolesques ou trop succinctes Les taupes sont, sans aucun doute, davantage douées pour réaliser une topographie précise sous terre qu'à la surface. C'est bien connu "Pas de première, sans topo" et ce qu'il se passe dehors, on s'en fiche semble-t-il !
Alors voilà, résultat : tu marches (des heures), tu cherches (partout), tu te perds (souvent), tu te piques les jambes (et les fesses !), tu tournes en rond (parfois), tu montes (raide), tu redescends (tout aussi raide) et tu remontes (encore !), tu transpires (pas mal), tu réfléchis (un peu), tu râles (ça c'est moi) puis tu finis par trouver avec quelques heures de retard ! 
L'avantage, c'est qu'en spéléo, il n'y a pas vraiment d'heure ! Tu peux même à la fois rentrer tard et finir tôt !

Une grotte se cache sur cette photo...


Rat d'égout ?





Grand porche, petit trou de souris, bouche d'égout, entrée suspendue en pleine paroi… Le temps nécessaire à trouver le premier amarrage suffit déjà à se mettre dans l'ambiance, et là… tout est bon !
Un arbre, un becquet, une barrière, un poteau ou encore la roue de la bagnole !


Il ne reste alors plus qu'à équiper son casque de quelques centaines de lumens et sous le feux des projecteurs, la "taupe-modèle" peut entrer en action ! Topissime !



Le spectacle peut alors commencer : draperies en guise de rideaux, explosion d'excentriques, gours et perles parfaites, stalagmites et stalactites, siphons aux eaux turquoises, dédales de méandres, veines de marbre, rivières et cascades souterraines, puits vertigineux ou puits chaussettes, salles gigantesques, chatières et bain de boue… 
La taupe n'est assurément pas déçue de la balade ! Taupe classe !





Taupe en lévitation ?

Les taupes auraient-elles peur de l'eau ?


Comme prévu, c'est un peu plus cabossée qu'en y entrant que la taupe ressort son bout de nez du trou, un peu de boue dans les moustaches… Cerise sur le gâteau, elle aura peut-être même quelques mètres de première dans sa poche ! Sur son museau, un grand sourire lorsqu'elle rejoint la surface !


Après cette taupe journée underground, il ne reste plus qu'à rejoindre notre maison sur roulettes, faire chauffer la bouilloire pour une petite toilette de chat et s'endormir comme des loirs ! 
 
Salle de bain ?

Une vie de taupe vagabonde...

Ce que l'histoire ne dit pas, c'est qu'après une bonne et grande nuit de sommeil, il y a encore un peu de boulot. La fête est finie… Grande lessive et séchage au programme ! 


Un lendemain de sortie à la sauce "petits cochons", il vaut mieux avoir bien choisi son amoureux. Le top copain est celui qui lavera non seulement son matos personnel, le matos collectif mais c'est aussi celui qui lavera tout le matos de sa taupe préférée. Le taupe-modèle, le mâle taupe exemplaire qui lavera la combi de sa chérie mais aussi ses chaussures, son cuissard et tous les gadgets accrochés dessus... Un amour de taupe je vous dis ! 
... En même temps, la taupe, elle, a une excuse en or, un alibi solide comme de la calcite : impossible de tout laver, elle est bien trop occupée à écrire ces quelques lignes pour vous raconter des histoires ici même !

mardi 13 juillet 2021

De précieux moments Carousiens...


Quand, en compagnie de quatre clientes, tu te gares à Sévirac avant d'aller grimper et que tu croises Bernard sur son tracteur...

"Salut Bernard, ça roule ?? Tu viens grimper avec nous ??!"
"Non non, je fais du bois là..."
...

S'en suit une bonne marche d'approche pour nous et un rapide et éclairé retour à la raison pour lui...
"Mais quel imbécile ! Cinq filles te proposent de les accompagner grimper et toi tu restes là avec ta tronçonneuse !"
...

Un peu de matos jeté à la hâte dans un sac à dos et le voilà parti à notre poursuite !
La première fois qu'il fera ce bout de chemin si rapidement nous dira-t-il !
C'est au pied de la voie qu'il nous rejoint. Pour cette journée au mille premières, Bernard nous sort son plus beau casque : le Galibier.
Le baudrier est, quant à lui, resté à la maison... un bout de sangle et de corde feront l'affaire !

Je lui prête mon portable pour un coup de fil à Jacotte depuis R2 avant de continuer vers le haut !
"Tu devineras jamais où je suis !
Je suis au Pilier du Bosc et... en bonne compagnie !!"
... allez, je ne lui en dis pas plus, surprise !

Fous rires et histoires en tu veux en voilà le long de l'arête Sud et nous voici en quelques longueurs au sommet. Tantôt assistant, téléguideur, conteur, porteur... Quel plaisir de partager cet entrain et cette bonne humeur communicative !

Bernard nous offrira une chouette journée et quelques bières.
On lui fera cadeau d'encore quelques premières supplémentaires : celle de grimper au Caroux accompagné de cinq nanas, celle d'avoir explosé le chrono et de grimper en plein soleil quand il fait 35 degrés !
En guise d'explication à Jacotte au sujet de son retard ce soir pour le déchargement des sacs de granulés...
"Eh ben, vous en avez mis du temps !"

Il déclarera :
"Jacotte, aujourd'hui j'ai rajeuni de 40 ans !!"
... t'inquiète Bernard, on va t'aider à les décharger, nous, tes palettes !

mardi 22 juin 2021

Journée Patagonne au Grand Cap' !

Il y a des journées où rien n'est gagné d'avance... Des journées où la réussite d'une voie est assez hypothétique... Des journées où il faut tout donner pour parvenir au sommet... Des journées où l'on partage tellement de choses avec ses compagnons de cordée... Des journées où l'on se croirait seuls et à l'autre bout de la planète !
Dans notre jargon de "cambrioleurs des cîmes", de "pilleurs de bons moments", on appelle ça un "hold up" !

Ce samedi tout gris, humide et venté au Grand Capucin ressemblait à l'une de ces journées là ! 
Merci à mes deux complices, mes deux petits rayons de soleil, Ilona et Hugo !

Ilona a pris la plume pour vous conter le cadeau d'anniversaire des 17 ans de son amoureux, Hugo (moi je file m'entraîner direct pour ses 18 ans !! J'espère qu'il commandera le soleil !)
Elle vous raconte cette folle journée aux airs de voyage lointain...


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《 Le Grand Capucin, considéré comme un sommet majeur pour les alpinistes et grimpeurs, est l'un des plus beaux ensembles de type monolythique granitique des Alpes. D'allure imposante en forme d'obélisque, le Grand Capucin se dresse à presque 400 mètres au-dessus du glacier du Géant et accuse une verticalité rare qui depuis plusieurs générations attire les grimpeurs de tout poil. Dès le matin, la façade Est s'embrase sous le soleil et sa paroi de granite rouge s'illumine dans des teintes resplendissantes. 》 (d'après Wikipédia) 

On m'a souvent répété de prendre avec recul les informations de Wikipédia. Ce qui est sûr cette fois-ci, c'est que tout est vrai !!!


Ce samedi 19 juin, au pied de l'imposante face granitique du Grand Capucin, le temps mitigé nous fait hésiter... La pluie ne cesse de tomber. Nous n'avons pas d'autre solution que de faire demi-tour malgré nous en direction des aiguilles d'Entrèves. Le soleil apparaît soudainement, comme un signe du ciel ! La pluie s'efface peu à peu... Demi-tour, on fonce !!

Le soleil se lève derrière la Dent du Géant...

La veille, nous prenions la direction du massif du Mont-Blanc pour concrétiser le cadeau des 17 ans de Hugo... Le Grand Capucin ! 
Pour se faire, nous n'aurions pas pu envisager mieux que de grimper en compagnie de Lara (ou plutôt, grimper derrière elle !).

Après la traversée du glacier du Géant et nos hésitations liées à la météo, suivies d'une bonne heure à alterner corde tendue et courtes longueurs, la cordée mi-sudiste mi-pas sudiste atteint le pied de la Voie des Suisses. 


Dans les "longueurs d'approche"...

Nous savons qu'il faut être efficace à cause de la météo mitigée et des 10 longueurs qui nous attendent. Lara est en tête, à fond, comme elle sait le faire. Derrière, nous faisons de notre mieux pour ne pas qu'elle s'endorme au relais en nous assurant. Parfois, des nœuds dans les cordes viennent contrer cette dynamique mais nous avançons globalement bien. Pour Hugo, les grandes voies de cette ampleur sont une première tandis que pour moi, la grimpe au-dessus de 3500 mètres d'altitude est également chose nouvelle !


Des éboulements fréquents autour de nous notamment venant de la Tour Ronde nous sortent du pseudo sommeil dans lequel nous sommes plongés en assurant. Le vent et le froid ont tendance à alimenter cette "veille du corps". Quand c'est à notre tour de grimper, les premiers pas durs, nous mettent un bon coup de pied au c** !

Hugo pris en "flag" !

Dans les passages faciles, nous profitons de la qualité extraordinaire du granite et de l'esthétisme de cette voie alors que dans les passages plus complexes, tout objet coincé dans le rocher est le bienvenu pour tirer dessus ! Oh hisse la saucisse... ou plutôt, Lara hisse les deux saucisses ! La pauvre... 

On garde le sourire !

Pour se faire pardonner, nous lui avons apporté un GROS pique-nique... Et oui les machines, ça s'entretient ! Bon, on évitera de mentionner que le pique-nique est resté intact toute la journée dans la sac parce que nous avions d'autres priorités. Et pour faire passer le pique-nique au second plan, il faut une bonne raison ! Le sommet du Grand Capucin en est une ! Nous n'en croyons pas nos yeux... nous sommes réellement en train de grimper sur ce sommet mythique qui nous faisait tous les deux rêver ! Et en prime, nous sommes seuls au monde (à l'exception d'une cordée italienne) car la météo a découragé les habituelles nombreuses cordées qui parcourent les différentes voies du Grand Cap ! Le RÊVE !!!


Bon, vous vendre un beau soleil chaud avec du rocher bien sec et l'absence de vent serait un mensonge mais qu'importe... Nous avons le beau rôle : nous sommes en second. Pour Lara, c'est plus délicat mais ça n'a pas l'air de lui poser trop de problèmes. Quelques passages mouillés ralentissent notre progression. A 17h, nous arrivons au sommet mais ne traînons pas. Le vent ne nous laisse pas profiter du sommet...

Photo express... ça souffle et ça décoiffe !

Aussi vite arrivés, nous voilà repartis ! Lara engage le premier rappel, Hugo la suit et je ferme la marche ou plutôt la course ! Nous enchaînons les rappels avec la peur permanente de bloquer les cordes dans les nombreuses fissures.

Plein gaz : 300m de vide sous les pieds !

Finalement, tout se passe bien et nous atteignons le glacier vers 20h. La satisfaction du sommet arrive à ce moment là : même si la journée n'est pas finie, le plus dur est derrière nous ! 


Encordés à 10m les uns des autres (risque de crevasses), chacun a le temps de méditer sur son ascension. Le soleil se couche et nous marchons une fois de plus, seuls au monde, plongés dans l'immensité des montagnes. Celles qui nous font nous sentir si vivants et à la fois si vulnérables.


Plus nous nous rapprochons du refuge de Torino, plus l'impatience grandie en moi. L'impatience de pouvoir enfin dire "on l'a fait !" !! Et aussi et surtout l'impatience d'avaler enfin un vrai repas depuis plus de 16h !

Ne pas s'étonner que la photo soit floue: Lara aussi avait faim !

Le repas est avalé en deux temps, trois mouvements. Repas de luxe d'ailleurs (c'est l'avantage des téléphériques qui montent jusqu'aux refuges. A minuit, la journée se termine enfin ! 17h se sont écoulées depuis notre réveil ce matin. Une journée à rallonge mais qui valait le coup !

Un grand merci à Lara qui nous a permis d'atteindre le sommet du Grand Capucin et encore joyeuses 17 bougies au meilleur des compagnons de cordée !