Il y a le grand voyageur qui collectionne, périple après
périple, tampons et visas d’un nombre incalculable de pays. Les pages de son
passeport se noircissent tranquillement d’encre. Le policier des frontières,
quant à lui, doit se casser la tête pour trouver un peu de papier libre pour y
laisser son empreinte.
Il y a le touriste qui sillonne la planète, appareil photo
en bandoulière et qui sature son disque dur d’images du monde entier, celui qui
remplit ses valises « d’objets souvenirs » aux goûts douteux, celui
qui parce qu’il a mis une fois les pieds dans un endroit, se contente de dire
« la Corse ? on a fait ! » ou encore celui qui collectionne
des selfies plus ou moins réussis devant les 7 merveilles du monde.
Il y a l’aventurier, qui enchaîne voyage sur voyage, cherchant
désespérément, à sortir des sentiers battus, pour découvrir des espaces restés
sauvages, certain se dirait même explorateur cherchant dans ses pérégrinations,
l’inédit, le « jamais fait », les grandes premières et l’inconnu,
sûrement un peu nostalgique d’une époque à présent révolue.
Il y a aussi le grimpeur ou encore l’alpiniste, qui ne parle
pas de voyage mais d’expé, quand il s’envole aux quatre coins de la planète, il
n’a d’yeux que pour les parois et les sommets. Son rêve est simple :
rentrer chez lui (de préférence en un seul morceau) des croix plein les poches
!
Pourtant quelle que soit la destination de nos vacances,
puisque c’est bien de « vacances » qu’il s’agit, il y a les choses à
ne pas rater, les trucs à voir absolument, les incontournables du guide du
routard. Voyageurs, touristes, aventuriers, je crois bien que nous sommes tout
cela à la fois !
Quand un alpin lapin traverse la France pour aller
passer quelques jours dans les Pyrénées, il est tout à la fois le voyageur
curieux de découvrir le monde, l’aventurier heureux de s’immerger dans un
massif sauvage, le touriste friand de fromage de brebis et de photos souvenirs,
le grimpeur affamé de cailloux et admiratif de tant de parois !
Dans le rôle du guide du routard de la guide du
montagnard, je me dois d’organiser le circuit touristique idéal, de sélectionner
les « incontournables » pour faire de ce petit lapin, un futur
amoureux des Pyrénées… Sacrée responsabilité !
La première impression étant souvent la bonne, les tours opérator
misent, en général, tout sur la première journée. Il faut planifier LA visite
qui donnera le ton du séjour. Pourquoi ne pas admirer les chutes du Niagara juste
5 minutes après avoir atterri au Canada, se balader sur la grande muraille
après avoir posé pour la première fois un pied en Chine ou encore se retrouver
au beau milieu du Macchu Picchu pour ses premiers pas au Pérou !
Seul le cirque de Gavarnie en plein hiver pouvait être à la hauteur de ces espérances-là. Des sommets enneigés, une grande muraille couverte d’une pellicule de glace et une grande cascade gelée… pour un glaciairiste, j’avais plutôt mis toutes les chances du bon côté… et ça a marché ! Il semblait déjà conquis ! Ouff !
Seul le cirque de Gavarnie en plein hiver pouvait être à la hauteur de ces espérances-là. Des sommets enneigés, une grande muraille couverte d’une pellicule de glace et une grande cascade gelée… pour un glaciairiste, j’avais plutôt mis toutes les chances du bon côté… et ça a marché ! Il semblait déjà conquis ! Ouff !
La visite touristique avait continué quelques mois plus tard
en mode estival par une chevauchée d’arêtes au dessus des lacs du Néouvielle.
Partir faire de l’alpinisme après une grasse mat’, en short et sans s’encombrer
de crampons, il semblait kiffer !
Suivirent ensuite un petit tour sur les patates de Riglos,
des balades verticales sur le calcaire de Monrebei, dans les goûtes d’eau de la
Tour du Marboré ou dans les cubes d’Ordesa… Passage obligé, il fallut, bien
entendu, aller pincer quelques colos côté espagnol et s’user les doigts sur du
caillou tout neuf.
Ici pas de crevasse qui vous guette, pas de sérac qui risque
de vous tomber sur le coin de la figure et si les cailloux tombent c’est qu’ils
l’ont bel et bien décidé puisque le permafrost s’est déjà fait la malle depuis
un bail ! Pas de refuge à réserver, pas d’horaire de benne à respecter,
pas l’ombre d’un guide qui bosse, juste le plaisir de discuter avec de rares
grimpeurs croisés !
Peu à peu comme les pages d’un passeport se rempliraient de
tampons de toutes formes, les poches se remplissaient de cailloux de toutes les
couleurs, d’Edelweiss et de souvenirs.
Cet été, quand le lapin fut de retour au pays des isards, je
compris qu’il avait désormais un penchant pour ces contrées sauvages, à moins
que ce ne soit pour la guide touristique (à peine moins sauvage !).
Nous arrivons juste à temps pour la première représentation
du célèbre festival de Gavarnie. Au théâtre de plein air avec le cirque pour
décor, nous optons plutôt pour un long spectacle en gravissant les trois
grandes marches de cet énorme escalier : l’intégrale du cirque !
Pourtant à Orphée et Eurydice et au bain de foule que le
festival attire, nous préférons la douche pyrénéenne. Parapluie ou maillot de
bain auraient été plus appropriés à la situation mais restons classique, c’est
vêtu de Gore tex que l’on s’est promené dans la Classique du Mur du Cirque. A
la lueur de la frontale et en basket sur un épais névé, nous voici au pied du
mur !
L’itinéraire chemine le long de lignes de faiblesse entre
minces filets d’eau et cascades parfois plus conséquentes. Après avoir manqué
de boire la tasse dans le tiers supérieur de la voie, nous sortons, en début de
matinée, en haut du premier étage propre comme des sous neufs (ça faisait
longtemps !).
Nos tickets d’entrée au Cirque incluant trois spectacles
successifs, nous poursuivons notre chemin en direction du deuxième étage et de
son grand dièdre. Là encore, un énorme névé nous accueille. Il nous faudra
jouer les acrobates pour échapper à l’humidité du dièdre dégoulinant et imaginer
un nouveau cheminement dans ce grand mur. Corde tendue et tirage garanti !
Je file toujours plus à gauche, cherchant désespérément la moindre fissure qui
aurait l’amabilité d’accueillir un friend, en vain… Je pense à toute la corde
déroulée et aux rares points entre moi et le clown qui me suit derrière en
basket dans ces dalles, où même en chaussons, je m’applique !
Finalement je m’engouffre dans la première cheminée venue
dans l’idée d’y faire enfin un relais. Surprise ! Il va falloir cohabiter…
Un chausson d’escalade, un sac de pique nique, des bouts de tissus et un
morceau de sac à dos…
Quelqu’un est passé par là mais a laissé des plumes dans la
bataille… J’écarte assez rapidement l’idée d’un père noël calibré trop gros
pour cette cheminée puisque la Gore tex n’est pas rouge mais grise et que le
sac à dos n’a rien d’une hotte. Je perds mon sourire quand j’imagine qu’il y a
peut être quelqu’un coincé sous cet énorme caillou et tout ce bazar. Petit coup
de flair… Pas d’odeur… Je suis déjà à demi rassurée ! Finalement après
investigations plus poussées, je ne trouve aucune trace du propriétaire et ça,
c’est plutôt une bonne nouvelle !
Quand Bruno me rejoint et découvre à son tour les tristes
restes du dernier alpin venu faire l’intégrale du Cirque, il devient tout aussi
blanc qu’un lapin arctique !
Le mystère restera entier…
Après quelques zigzags, nous trouvons l’issue de secours du
deuxième étage.
Entracte !
L’escalier de service nous conduit sur le palier du
troisième. On entre sans frapper par la porte de gauche et on grimpe sur la
pointe des pieds. Le caillou ne nous paraît pas aussi mauvais qu’annoncé dans
le programme, et on trouve ce dernier épisode plutôt sympathique.
A 13h, le rideau tombe, les artistes saluent la Tour du
Marboré, à droite et le Col de la Cascade, à gauche. Nous voici sur le toit du
chapiteau, tout en haut du Cirque !
La sortie des artistes se fait par la grande porte :
tapis blanc (de neige) jusqu’à la brèche de Roland !
Retour dans les pierriers puis les prairies de Gavarnie par
les Echelles des Sarradets. Des échelles dont on n’aura pas vu le moindre
barreau. Habitué à des dalles couvertes de métal, l’alpin ne comprend plus
rien.
Ici, il n’est pas question de train à ne pas rater, il
suffit juste de prendre ses jambes pour rentrer !
Cartes des Pyrénées en en main, passeport d’apprenti
pyrénéiste en poche, les vacances continuent… Il y a encore sur le chemin
quelques immanquables à ne pas manquer !
A suivre…
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