Leh.
Monastères accrochés à la montagne, drapeaux à prières dans le vent qui flottent au- dessus d'une rue piétonne, stuppas blanches, moulins à prières gigantesques, marchés de réfugiés tibétains sur fond de chant du muezzin...Transportés ailleurs pour notre plus grand bonheur...
L'Indus. Qu'il est émouvant de voir un grand fleuve mythique presque à son commencement. On est bien loin de l'immense fleuve qu'il deviendra. Ici, l'Indus est une rivière tranquille qui pourrait être assez facilement traversée !
On l'imagine ensuite cheminer sur des centaines de kilomètres, ralliant à sa cause chaque filet d'eau, chaque ruisseau, chaque torrent et chaque rivière, faisant d'eux ses affluents.
Méandres et lit immense, on l'imagine alors devenir le très grand fleuve qui traverse des régions entières, croisant de grandes villes et se polluant inexorablement, en chemin...
Sur la route, des sourires, des colliers de turquoises, des tabliers de toile épaisse rayée, des yeux bridés et des "julley julley" qui s'envolent. Au mur, des portraits du Dalaï-lama aux côtés de Shiva ou de Vishnu. Des drapeaux tibétains qui flottent librement.Il y a des airs de Tibet dans ce coin de L'Inde.
Au volant des Tata, au guidon des motos, une pelle à la main dans un fossé, des visages à la peau plus foncée, au trait plus fins, aux yeux noirs persans. Travailleurs et touristes indiens, saris colorés et turbans.
Au loin, le chant d'un muezzin qui s'élève, les hommes qui se hâtent, les femmes qui disparaissent sous les voiles...Il y a des airs d'Inde dans ce "petit Tibet"...
Ladakh. Comme un bout de Tibet en Inde, comme un morceau de Tibet sans chinois, comme une sorte de Népal sans business...
Pays de hauts cols et de grands sommets, de plaines désertiques et de vents, de lacs et de torrents, de neige et de cailloux, pays où bouddhisme et islam se partagent l'esprit des gens, saupoudré d'une légère dose d'indouisme.
Ici, sur le bord de la route, un mur à mani et ses gros galets, ses belles ardoises faisant office de parchemins sacrés.
"Om mani padme um" gravé dans le minéral. Qu'y a -t -il de plus éternel qu'un rocher ?
Ici, la même formule répétée ou là, un grand bouddha coloré peint à même la falaise.Des murs de pierres séparant les parcelles, des maisons de terre aux toits plats, des bouses séchées et des racines pour se chauffer ou pour cuisiner.
La route, parfois de terre et de poussière, des fois de galets, quelquefois de tôle ondulée, souvent de goudron... l'asphalte gagne chaque jour davantage de terrain. Ça bosse dur et partout. Machines en marche, goudron en fabrication, ouvriers qui y mettent toute leur énergie et offrent un bout de leur vie pour ce tronçon.
Campements en bord de route sous de simples bâches, coup de pelle, chargement de cailloux à la main dans des bennes, dures conditions de travail, visiblement sept jours sur sept et probablement payé une misère... Travailleurs jeunes, venus du sud du pays.
.. C'est fou comme chaque partie du monde trouve sa main d'œuvre bon marché... et vient-il toujours du sud ce vivier d'ouvriers ?
Esclaves des temps modernes, ça en a tout l'air...
Ces gros camions comme principaux compagnons de route. Des Tata colorés, décorés, aux mille détails à découvrir. On pourrait rester planté, là, des heures à observer sans en avoir vu chaque recoin.
Et que dire de l'intérieur de la cabine... La déco est plus que chargée et le confort au rendez-vous...Leurs klaxons aux mélodies inspirées rebondissent sur les murs de ce canyon annonçant l'arrivée d'un convoi coloré et bruyant.
Petites phrases bien placées, c'est ainsi, que l'on peut lire sur l’arrière d’une benne : "Vas -y, champion, teste ton airbag ici !"
Rarement, ils nous frôlent, la plupart du temps, ils s'écartent, respectueux et solidaires des routiers, à deux roues, que nous sommes.Nos montures semblent bien fades à côté de toutes ces couleurs. On rêverait parfois d'être équipés d'un pareil klaxon !
Souvent, nous avons droit à leurs encouragements, à leurs saluts et à leurs gros nuages de poussière qui nous avalent et dans lesquels on disparaît presque tout entier !
Le ciel d'altitude, limpide, pur, intense, bleu cobalt tranche sur le caillou qui est partout. En un coup d'œil, il se charge de nuages et laisse échapper quelques gouttes, parfois quelques flocons qui tourbillonnent...
Les sommets se nimbent alors d'une couverture blanche qu'ils garderont les jours suivants. L'hiver arrive, les cols ferment puis reouvrent avant d'hiverner finalement jusqu'au printemps suivant.
Même programme pour les grosses marmottes qui profitent encore et gambadent sous le soleil d'automne.Et les Wild asses, ces chevaux sauvages tibétains, où vont-ils passer l'hiver ? Avec leurs ventres blancs, on les repère facilement !
Ici, des Blue sheeps, ces espèces de mouflons, broutent sous les flocons qui tournoient, sans nous prêter attention.
Et ces paysages... Vastes étendues de roches croustillantes, lacs couleur menthe à l'eau, grosses montagnes de meringue.Élégamment plantées ça et là, des cheminées de fée... Magique !
Dans ce monde minéral, je suis comme immergée au cœur de la fabuleuse "panthère des neiges". Immenses pierriers ocres, petites barres rocheuses, arêtes déchiquetées, canyons secrètement masqués par les reliefs, ébauches de grottes, de baumes, d'abris, d'arches, de piliers verticaux... Perchoirs pour observer, vires pour se reposer...
Je pense à elle, reine du camouflage. Il me plait de me dire qu'elle pourrait être partout autour, dissimulant son pelage sans difficulté, noyée dans ce rocher...Qu'elle puisse être là, quelque part, majestueuse et immobile, sur un promontoire rocheux, cette idée me ravie.
Évidement j'adorerais l'apercevoir mais je crois que ce qui me réjouis d'autant plus, c'est qu'elle puisse être là à nous observer sans que nous le sachions, sans que nous la voyons, sans même que nous nous en doutions. L'ordre des choses rétablis. La suprématie du sauvage. Nous sommes bien comme deux intrus qui nous baladons dans cet univers qui n'est définitivement pas le nôtre...
Encore quelques coups de pédales durement donnés. La barre des 5000 mètres n'est plus très loin, parfois même, elle est franchie. L'air se fait moins riche, le vent joue avec nous. Il nous souffle dans le nez, nous malmène en nous faisant zigzaguer. Le froid rougit les joues et glace nos doigts...
Parfois l'asphalte n'est plus ou n'a jamais été. Des galets et des flaques ont envahi la route et pris possession des lieux. Le passage est étroit. On se fait bousculer au sens figuré par des coups de klaxons bien appuyés, mais rarement au sens propre... quoiqu'en se faisant parfois généreusement éclabousser aux abords des grandes flaques... Le propre est tout relatif !
Le col est franchi. Les drapeaux volent au vent et une borne en béton indique une altitude fluctuant d'une carte à l'autre. On touche la première neige de l'hiver (la dernière peut-être aussi...)
Et puis c'est la grande dégringolade, le petit bonheur du cycliste après l'ascension, l'immense descente, les épingles qui s'enchaînent, les mètres si durement gagnés, quelques heures auparavant, perdus à folle vitesse.Le fond de l'air se réchauffe, la vie reprend, quelques maisons, un village...
Un premier brin d'herbe apparaît puis un premier buisson et plus vite que l'on puisse l'imaginer, c'est le premier arbre qui pointe sa cime. Non pas qu'il cache la forêt, il ne faudrait pas non plus exagérer, mais ses congénères se multiplient à présent.
Des animaux qui pâturent, des parcelles en terrasses, des sacs de patates remontés d'un champs quelques dizaines de mètres plus bas, attendent sur le bord de la route qu'on les emmène je ne sais où...
A présent, tout semble devenir un peu plus commun, plus familier. Une végétation que l'on reconnaît, une vallée encaissée bordée par des hauts sommets blanchis par les toutes dernières précipitations... On pourrait un temps se croire dans n'importe quel massif, n'importe où ailleurs dans le monde. L'esprit s'évade, passe en revue les destinations, cherche les similitudes... jusqu'à ce qu'au détour d'un virage, sur cette route vertigineuse taillée à flanc de montagne, un Tata pointe son nez et fasse retentir son klaxon unique...
... Jusqu'à ce que sur le bas- côté, presque dans le fossé, on aperçoive des ouvriers en train de casser la croûte dans leurs gamelles métalliques... jusqu'à ce que des drapeaux à prières virevoltant au vent se distinguent au sommet de cette bute... jusqu'à ce panneau planté et cette jolie écriture qu'on ne sait pas lire...
Alors un soulagement m'envahit. Tout va bien... Le décor change, il change vite, mais on est toujours là.Les cheveux dans le vent, les doigts sur les manettes de freins, un "namaste" arrive à la volée jusqu'à mes oreilles... On n'a pas vraiment changé de monde, juste de région .
Une page se tourne, le Ladakh est désormais dans le rétro. Julley, julley !
Une nouvelle page s'ouvre, Namaste l'Himachal Pradesh !
On dégringole encore...
Des forêts, de grands arbres et des rivières. Des maisons de bois aux toitures de pierres plates, des champs, des bêtes et des hottes qui débordent de fourrage.
Des jardins, des temples et des fleurs ! Oui des fleurs ! Flower power...
Œillets d'Inde en guirlande sur les temples, fleur de chanvre dans les pipes, marguerites en couronne dans les cheveux... Peace and love dans le cœur !
Namaste Manali !
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