mardi 5 mai 2015

Une histoire de mandarine en voyage...



Mercredi 1er avril, j'ai l'impression d'être toute petite minuscule au pied de ces énormes surplombs...Dire qu'il y a une voie qui passe dans ces immenses toits... dire surtout que l'on va s'engager dans celle-ci et qu'il va nous falloir 3 jours pour s'en sortir!

Tout ça ressemble bien à une blague! ... mais non!
Ce n'est pourtant pas un poisson d'avril!


Un bon copain, une belle voie, 15 longueurs, deux gros sacs de hissage, des duvets, à manger et à boire, 13 litres d'eau, des bières, et tout plein de matos: des friends, des coinceurs, des pitons, des crochets, des bouts de bois...
Une belle aventure en perspective!

Trois jours en paroi et des heures au relais, voilà de quoi avoir le temps d'apprécier la beauté des lieux et de quoi apprendre la patience!


"Le voyage de la mandarine" (ED, 350m, A3, 6b) est une voie d'artif ouverte dans les années 80. Elle se situe à l'Escalès dans les Gorges du Verdon.
L'itinéraire est pour le moins...impressionant! La voie commence par franchir une succession de gros toits sur quelques longueurs, puis la suite est plus verticale et est composée d'une alternance de caillou gris compact et de rocher oranger...



L'artif est une drôle de pratique qui consiste à être pendu pendant des heures (voir des jours!) dans un baudrier; à passer 3h dans une longueur en mode hyper concentré; à passer 3h au relais en mode hyper relax; à se faire tout léger sur un point pourave; à se creuser la tête pour savoir comment sortir ce bout de bois sans l'exploser; ou encore à taper comme un débile sur un pauvre piton qui n'a rien demandé! l'artif, ça consiste aussi à hisser des sacs bien lourds et dormir dans des endroits plutôt improbables...



Charles, en mode machine, fera péter le feu d'artifice, en sortant les longueurs dures en tête! ...A2, A3, il s'en sort comme un chef!
Je me contenterai des longueurs d'artif plus facile, des longueurs de libre et de donner des grands coups de marteau pour déséquiper tout ça! On se défoule comme on peut!


4 rappels pour accéder au pied de la voie, 5 minutes de marche et 5 longueurs sont au programme de la première journée. 
A 10h nous sommes prêts à attaquer. Quelques heures plus tard nous sommes déjà pendus plein gaz, bien conscients que vouloir faire demi tour ici pourrait être problématique...

Dans L2...
2ème relais et déjà du gazzz !
Dans L3...

Charles au 3ème relais
4 ème longueur...
Cinq longueurs, ça prend quand même un peu de temps et la nuit commence déjà à tomber alors que nous ne sommes qu'à R4. Il reste encore une longueur et demi avant de rejoindre la vire où nous pourrons nous poser pour un bivouac 4 étoiles! Ce soir, c'est pleine lune et c'est bien appréciable!
A 23h, je rejoins Charles sur la vire top confort! A 23h 05, on fait péter la bière bien méritée après cette première longue journée! On est super heureux d'être là!
Un bon dodo sous les étoiles et sans baudrier nous attend!


Réveil tranquillou vers 7h, p'tit dèj dans les duvets avec vue imprenable sur les gorges qui s'illuminent... Allez, c'est reparti!
Deuxième jour, L7, A3

Dans L8, A2+...
A l'ombre du hamac...
 
Cette deuxième journée se déroule plutôt pas mal! La météo est au top et le soleil cogne de tous ses rayons!
Deux longueurs d'artif bien dures, A3 et A2+ pour Charles. 
Cornières coupées, crochets et calles de bois sont au menu!




S'en suivent trois longueurs de libre, c'est moi qui m'y colle cette fois, ça fait tout bizarre de se remettre à grimper!
9ème longueur, 6b... 
L11, dernière longueur avant le bivouac!

Second bivouac... Grotte et nid de vautour...
On arrive un peu avant la nuit dans ce qui sera notre chambre à coucher pour ce soir!
Petit bivouac de rêve dans une petite grotte en colloc avec... semble-t-il... un vautour! Ce soir, c'est dodo avec les baudards...
Au réveil, on est motivé à bloc: "C'est aujourd'hui qu'on sort!"


Encore 3 longueurs d'artif pas faciles avec des petits passages quelques peu expo... La mission de Charles est de se pendre sur des points précaires, la mienne est de récupérer un maximum de bouts de bois si on veut arriver à se sortir de là! Mission accomplie!

Troisième jour!!
Départ expo pour L13

Dernière longueur d'artif...


Sortie :)
Une dernière longueur en mode sherpa à ramper sous les buissons avec les sacs de hissage sur le dos et on y est! 
Vers 17h, nous débouchons sur le plateau, c'est gagné!

Trop contents !!!!!!!
Histoire de finir en beauté et de clôturer ce beau voyage, on enchaîne sur un apéro trop calé: un super moment assis sur le rebord du plateau, à regarder le soleil se coucher, à parler, parler, parler.... et surtout à bien rigoler! 



Un petit résumé de cette belle aventure en images sur le blog de Charles, c'est par là:

http://charles-noirot.blogspot.com/2015/04/le-voyage-de-la-mandarine-verdon.html

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Petite liste de matos qu'il peut être judicieux d'emporter:
Friends:
- Camalots: 0.75 à 2 en double + 1 n°3 et 1 n° 0.5, 0.4 et 0.3
- Aliens: 1 jeu
- C3: rouge, vert, violet
Coinceurs: petites tailles
Pitons:
- Cornières: 1 grosse, 3 "12", 2 "10", 3 "9", 2 petites, 8 ou 9 cornières coupées (toutes tailles).
- Universels: 8 à 10 dont 2 longs. (Acier dur et acier mou)
- Lames: 3 courtes
Crochets: 3 ou 4 crochets étoiles, 1 goutte d'eau Petzl, 1 ancre BD
Plombs: 3 au cas où!
Bois: +++++ !!
Cravates: une vingtaine
Mousquetons libres: 25
Dégaines: 6 courtes + 4 longues

lundi 27 avril 2015

Népal, je pense à toi...


... Parce que c'est juste un pays magnifique... Parce que les montagnes y sont incroyablement belles et surtout parce que les gens y sont extraordinairement adorables... 

Une grosse pensée à tous les népalais...


mardi 21 avril 2015

C'est beau les Pyrénées!



Depuis mon ascension du couloir de Gaube au Vignemale, il y a un an avec Sylvain, je n'avais qu'une envie: y retourner!
Il se trouve que ce dernier avait exactement la même idée! Parfait!

Il faut dire que cette visite au Vignemale le printemps dernier, nous avait laissé un peu songeurs... A la fois heureux d'avoir réalisé cette belle classique (dans des conditions pourtant pas très favorables) et à la fois un peu déçus de ne pas avoir pu rendre visite à son voisin de gauche, l'Arlaud Souriac suite à une succession d'infos plutôt farfelus de la part du gardien du refuge.
Bref!...


Nous avions donc une petite revanche à prendre! 
Un an plus tard, bien décidés, cette fois, à ne pas nous laisser influencer et à juger par nous même, nous prévoyons de monter au refuge des Oulettes pour le week-end.


 
  Vendredi matin, coup de fil au refuge: c'est reparti...décidément!
Je dois commencer par affronter le pessimisme débordant de mon interlocuteur...  Gardien? Aide gardien? J'en sais rien... Toujours est-il que ce n'est surement pas un randonneur qui passait par là qui m'a répondu au téléphone!
On me fait la morale (il faut arriver au refuge avant 18h (??!), pas faire de bruit, dormir dans le dortoir d'hiver, blablabla...), il ajoute aussi que ce n'est pas la peine de venir parce que les goulottes c'est fini... sans compter qu'en plus il a reneigé! (...n'importe quoi!) 

"Je m'en fout, je voudrais simplement réserver deux nuitées s'il vous plait!!"

... Oulàlà! Ce mec là commence à me tendre!

Quand on arrive au refuge vendredi soir, il est 23h et tout le monde est au lit! A première vue, il n'y a pas beaucoup de corde et de piolet qui traîne dans l'entrée, aussi nous espérons être tranquille dans les goulottes le lendemain.

Goulotte Lechêne au Petit Vignemale
La nuit est bien courte. Et comme on nous a mis à la cave, on a trop froid! Finalement, on est bien content d'entendre sonner le réveil à 4h. 
Nous prenons la direction du Petit vignemale, au programme d'aujourd'hui: la goulotte Lechêne, TD-, 350m.

Ce n'est pas trop long, pas trop dur, depuis le temps que nous n'avons pas touché de piolets, ce sera parfait!
La neige porte plutôt bien sur le plat mais c'est beaucoup moins drôle dès que l'on attaque la pente pour rejoindre le pied de la face! On s'enfonce un pas sur trois puis un pas sur deux et finalement on s'enfonce à chacun de nos pas!

A l'attaque de la goulotte Lechêne
... Dans la première longueur
de la goulotte Lechêne...
 Au lever du jour, j'attaque la première longueur. Pas suffisament fournie en glace pour aller clipper les pitons qui se trouvent sur le côté droit, je choisi de renfougner sur la gauche. 
La glace n'est pas bien épaisse et ça grimpe un peu. Le tout est bien protégeable et ça passe plutôt bien!





 
Au pied du dernier ressaut...
 
La suite est magnifique, une petite goulotte de la largeur des épaules en excellente condition puis un couloir plus large et moins raide. 
Nous avançons pas mal de temps à corde tendue jusqu'à butter sous un ressaut vertical barré par deux petits surplombs. Là encore, il n'y a pas des tonnes de glace mais juste ce qu'il faut pour que ça passe!
Des bons friends callés et c'est parti !




Nous rejoignons le sommet du Petit Vignemale par des pentes de neige faciles puis nous redescendons rapidement au refuge après avoir jeté un œil à notre objectif du lendemain: L'Arlaud Souriac, TD, 600m.

Heureux de cette première journée!



Vu les températures annoncées pour le lendemain, nous optons pour un réveil matinal pour ne pas dire nocturne: 2h30.
Après 1h30 de marche nous passons la rimaye, serrage de fesses... C'est vertical, les ancrages sont moyens et le trou a quand même l'air un peu profond!

L'aiguille des glaciers et l'Arlaud à droite
Une grande pente de neige/glace nous mène un pied d'un premier ressaut. Un plaquage fin recouvre une dalle assez large. Traversée un peu délicate avec quelques pieds à poser dans le caillou. J'attaque à l'extrême gauche pour finir tout à droite où je trouve un relais qui laisse à penser qu'une cordée a butter ici... 
On continue, on verra bien!

Dans l'Arlaud...

Sylvain se fait plaiz...

La suite reste bien verticale mais la glace est bonne et nous pouvons avancer un peu à corde tendue, il faut dire que 30 mètres entre nous c'est court :) ...
Un nouveau ressaut nous demande de tirer une petite longueur. Celui-ci se négocie bien par un petit crochet à droite.
Fin des difficultés: maintenant il fait bien jour, on range les frontales et on tire à corde tendue jusqu'en haut!


C'est génial cette alternance de petits murs de glace et de goulottes étroites qui se redressent parfois! C'est bien plaisant de pouvoir enchaîner tout ça sans s'arrêter! 
On fait des centaines de mètres comme ça chacun de notre côté sans se voir, à 30 mètres l'un de l'autre. 
Une petite pause pour refaire le plein de matos et je repars de plus belle! 
J'suis morte de rire quand Sylvain me demande: 
"T'avais pas envie de me voir aujourd'hui ou quoi?!?"




Variante de sortie...



A trop rigoler, on tire peut être un peu trop à gauche, et on doit se reconcentrer un coup pour grimper dans de la neige collante et du caillou pourri pour rejoindre le sommet! On fini quand même en beauté par une jolie petite arête rocheuse qui débouche tout là haut: cette fois, c'est gagné! 

On est carrément trop ravis d'être là et d'avoir parcouru cette très belle voie ensemble! Depuis le temps qu'on en rêvait!

La suite se passe tout aussi bien: glacier d'Ossoue, passage des isards ou échelles du Petit Vignemale (pour les intimes...) et à 13h nous sommes de retour au refuge! 

Le gardien a déserté les lieux dans la matinée, il n'y a plus d'eau et la partie habituellement ouverte en hiver avec le poêle est fermée à clef... 
Tout juste rentrée d'Oisan, je me dis que ce gars là ferait bien d'aller faire un petit stage d’amabilité au Promontoire... Sinon on pensait lui proposer de plutôt garder une baraque à frites!

Bon, j'arrête... je vais me faire taper dessus!

Avant de quitter le refuge et de prendre la direction de la vallée, nous nous offrons une bise à Monsieur Lechêne, la légende locale. Nous en profitons pour lui dire que sa goulotte est vraiment classe! ...ça le fait rire!


Pendant la descente, un dernier coup d’œil dans le rétroviseur! La face nord de la Pique Longue est si belle! 
C'est promis, on ne tardera pas à revenir! 


  C'est vraiment trop BEAU les Pyrénées!


Petit point matos pour les suivants:
Goulotte Lechêne (4h), Arlaud Souriac (5h): 
- 1 brin de 60m
- 8 broches, plutôt courtes voir très courtes.
- 1 petit jeu de camalots du 0.3 au 1 + 1 C3
- 6 pitons principalement des lames (que nous n'avons pas utilisé!)

Voilà, voilà!