jeudi 29 décembre 2022

Le saut dans le grand bain •Escal'A2roues#47•

Ici comme ailleurs, ce coup-ci comme souvent.. Une fois de plus, la facilité a été de trouver refuge dans les hauteurs. Au calme des cimes, au frais des sommets, s'élever pour prendre un peu congé de l'humanité, souffler, avoir le loisir de voir défiler le temps qui passe et en prendre plein les yeux dans des paysages sompteux.


Pourtant une fois encore, on est redescendu. Le retour à la vraie vie, là en bas, là où il fait meilleur, là où l'air est plus riche, là où les routes se croisent et se recroisent, là où on mange des croissants et où on boit des milkshakes.

Où qu'il soit, ce retour vers le monde d'en bas est toujours un petit choc. Le retour en vallée est toujours un moment étrange. J'imagine que le retour à terre après des jours passés en mer comme similaire...
Il y a toujours ce vrai plaisir du "retour". Le réconfort retrouvé après l'effort fourni et l'inconfort subis. Il y a ces petites choses simples qui paraissent alors démesurément douces : une bière fraîche, une douche chaude ou un lit douillet.





On pose alors son sac, sa maison de voyageur. Ce dernier légèrement alourdi par ces souvenirs encore tout frais, parfois aussi par un caillou rigolo, une jolie plume rencontrée là haut ou une carte SD bien remplie. Qu'on le veuille ou non, une part de ce qui s'est passé, de ce qu'on a vécu, de ce qu'on a partagé, restera un peu là haut.
Et si la réciproque est assez vraie, c'est bien pour cela qu'on s'évade si souvent en prenant de la hauteur, même si parfois, c'est aussi sous terre qu'on trouve refuge ! Bref... Ces moments de transitions sont à chaque fois, un peu comme un changement de monde.

Ce coup-ci, nous ne changeons pas de monde, nous changeons carrément d'univers ! Certes, on s'y attendait et on s'y préparait. Comme tous les voyageurs, on avait lu un peu sur le sujet mais les bruits et les odeurs, ça ne s'écrit pas, ça se vit !
Comment ce préparait au tumulte permanent si ce n'est en appréciant d'autant plus les derniers instants au calme ?


La pente, la gravité et la roue libre ont fait le job... Nous avons, au fil des jours, degringolé des montagnes. Minute après minute, kilomètre après kilomètre, nous nous approchions davantage de la vraie Inde, nous le sentions, nous le savions. Nous avions pris quelques précautions semblables à des sas de décompression ou sortes de pauses pour optimiser notre acclimatation. Les températures, la densité humaine et le flux routier, le nombre de singes aperçus grimpaient en flèche alors que l'altitude chutait à pic !


Les bivouacs devenaient chaque jour un peu plus urbains et plus compliqués à trouver...
Rampur, sa rue principale animée et ses ruelles en pentes raides bondées tout d'abord. Puis nous fîmes une halte à Shimla, la reine des collines.

C'est ici que nous perdons les pédales.


Trafic plus dense sur routes étroites et tortueuses combiné à une envie curieuse de grimper à bord d'un train mythique, la ligne Kalka-Shimla, classée à l'Unesco.




Pensée et construite pour rejoindre, depuis les plaines, la ville haut-perchée de Shimla, ancienne capitale d'été du temps de l'Inde britannique.
Quelques chiffres sont assez parlants pour se faire une idée de cette ligne et de cet incroyable train.



Une centaine de passagers, 109 tunnels, 969 ponts, 919 courbes en 96 kilomètres de distance, en... 7 heures de trajet !
Une belle partie de saute-collines.
"Himalaya queen" ... Bienvenue à bord !









Bercés par le ronronnement du train, un paysage verdoyant défile à la fenêtre. Nous tentons d'imaginer à quoi pourront ressembler les prochains kilomètres et les prochains jours...

Tu penses qu'il y aura aussi des singes à Delhi ? Et tu crois qu'on sera où pour la grande fête de Diwali ?
Je repense à nous deux, cyclistes, au milieu de notre tout premier vrai joyeux et bruyant bazar, quelques jours plus tôt, à Rampur. Assourdis par les klaxons, sonnés par la chaleur, frôlés par les touk-touks, les gros tatas, des piétons, des vendeurs ambulants, des motos, des porteurs lourdement chargés, des bus...
Je souris en repensant à Bruno qui avec son air un peu surpris me demande : "ça peut pas être vraiment pire que ça Delhi, si ?!?"
Hmmm... comment dire ? Je crois bien que là, on est encore au pays de bisounours !

Les trains s'enchaînent à merveille, si bien qu'après 7h de voyage, nous descendons de notre tortillard de montagne pour sauter dans un vrai train, genre TGV local mais en mieux... Premièrement, il est à l'heure et deuxièmement, on a droit à un apéro, un repas, un dessert, de l'eau et du thé alors qu'on n'est qu'en seconde classe ! Donner à manger à des cyclistes et vous marquerez à coup sûr des points !!
On est sous le charme de la "SNCF" indienne, et ce, jusqu'à nos prochains voyages inversement proportionnels à cette bonne expérience ! Mais ce sera une tout autre histoire...



Quelques heures plus tard, il est 23h et nous sommes prêts à sauter enfin dans le grand bain.
Bienvenue en gare de Delhi !

Baptême du feu sur une grande avenue dans la nuit presque noire. Petit gilet fluo sur le dos, petite loupiote allumée, nous voici partis pour "Delhi by night & by bike tour" ! Ça a de la gueule dans un programme de vacances, non ?!
Motos, touk-touks, voitures, charrettes tirés par des buffles et richaws systématiquement à contre sens (pourquoi ?), tout ce petit monde sans lumière (évidemment !) mais avec la main bien coincée sur le klaxon. Enfonçons-nous ensuite dans les mini ruelles, scooters, vaches sacrées, bouses, flaques, mendiants, chiens affalés au milieu, poubelles, dormeurs.. Ce coup-ci, je crois bien que l'on y est !



Nous nous garons et entrons dans un hôtel environ une fraction de seconde avant qu'un sac de vomis version bombe à eau ne tombe du ciel et s'éclate à un mètre des vélos. Premier piège déjoué !
On est pret à affronter la suite mais d'abord on se régale d'un lit propre et même d'une douche chaude.
Demain sera un autre jour !
Le premier jour dans le grand bain de la vraie Inde.

A suivre... 


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