mercredi 2 août 2023

Seoraksan Seouksagrimpe ?! #11Escal'A2roues#106






Aussitôt débarqués de notre bateau, nous renfourchons nos vélos et nous nous hatons vers les montagnes du nord du pays.

La saison des pluies est à nos trousses et si l'on veut profiter du caillou tant qu'il est encore sec, il vaut mieux ne pas trop traîner.

Bye-bye les vacances de bourgeois au sec sur un voilier, bonjour les vacances de cyclo-grimpeurs roots dans une tente humide !


Seoraksan est un grand parc national qui voit passer, chaque jour, sous son portail d'entrée, un nombre faramineux de promeneurs. Nous nous glissons dans cette foule durant quelques jours.


Seoraksan, c'est un grand massif montagneux situé au Nord Est de la Corée du Sud : différentes vallées, des ruisseaux, un énorme Bouddha, des pics rocheux partout, des temples colorés, des crêtes granitiques qui se découpent sur le ciel, des dalles gravées d'écritures, des forêts sombres, des centaines de marches d'escaliers, des grottes, des espèces de bouquetins, des milliers d'écureuils et même parait-il des ours !


C'est aussi des voies d'escalade, des parcours d'arêtes, un topo inexistant et des infos bien difficiles à dénicher.

Imaginez deux coréens errant dans les bartas du Caroux à la recherche de l'attaque de la Déplasse avec un topo en occitan : À deux ou trois détails près, c'est à cela que l'on ressemble !

Aussi pour trouver de quoi grimper à Seoraksan, il nous aura fallu commencer par nous balader. Marcher quelques kilomètres, ouvrir grand les yeux et utiliser notre dictionnaire coréen-français...


Non pas que les parois soient difficiles à apercevoir puisqu'il y en a un peu partout mais plutôt que les infos soient un vrai petit chantier à trouver. Dans un deuxième temps, il s'agirait ensuite de les déchiffrer.

Nous aurons donc commencé par de longues randonnées le nez en l'air en comptant sur notre sens de l'observation d'ouvreurs et de grimpeurs pour imaginer où se cachent les lignes les plus logiques à grimper !

Finalement, c'est un peu comme retrouver l'ordre logique des choses !


Après avoir essuyé un gros orage le premier jour en montant notre tente qui s'est illico transformée en baignoire, nous avons décidé d'aller à l'hôtel. Fou non ?

En effet, par chance, la vallée compte bon nombre d'hôtels et cerise sur le gâteau, ils sont presque tous à l'abandon. Étrange quand on voit la surfréquentation du lieu. Toujours est-il que pour les SDF que nous sommes c'est une véritable aubaine.

Camp de base parfait !


Nous posons donc notre tente pour une bonne semaine devant la porte cadenassée de l'un d'eux.

Un toit au dessus de nos têtes transforme ainsi les glauques journées de pluie en jours de repos presque grand luxe ! Oui, tout est relatif...

Dois-je ajouter que pour la énième fois en une année de voyage l'un de nos tapis de sol est à nouveau percé et que lassés de le rafistoler tous les trois jours, nous tirons, à présent, chaque soir à la courte paille pour savoir qui se cassera le dos en dormant sur le béton !

Après avoir trouvé ce palace pour des nuits au sec, l'étape suivante consiste à chercher un lieu où nous pourrions garer nos vélos et surtout laisser nos sacoches le temps de nos crapahutages quotidiens. On misera finalement sur la chance et la confiance en laissant vélos et bagages chaque jour à l'entrée du parc sans surveillance particulière.

Yusun-Dae et sa paroi à l'abri des regards sera notre premier objectif.


Une jolie arête de plus d'une dizaine de longueurs bordant la face en guise de mise en bouche et avant d'attaquer des choses plus sérieuses.


En ce dimanche, quelques relais sont un peu encombrés mais cette affluence a l'avantage de nous permettre de découvrir la technique de la collective coréenne quand on se retrouve à 12 compagnons de cordée dans le même itinéraire. Tout le monde encordé ensemble pour une fabuleuse et gigantesque cordée mille pattes !

Même si l'ambiance est plutôt conviviale, on préfère passer notre tour au jeu de la chenille pour ce coup-ci et on s'échappe rapidement vers le haut, ce qui s'avère être plutôt une bonne idée si nous ne voulons pas bivouaquer là !


Un rappel nous dépose sur un chemin de rando qui lui même nous ramène plus ou moins au pied de la voie. Il est encore tôt et il faut rentabiliser ce temps passé à faire la marche d'approche ! Nous choisissons ce coup-ci une voie dans la face de la même paroi : Yusun AB.

Cette voie remonte un grand mur raide, rayé dans sa partie médiane par deux belles fissures parallèles. Cette section nous apparaît comme le crux et après y avoir coincé tout ce qui peut être coincé, on peut dire que le crux était bien là !


Le soleil cogne fort en ce début d'après-midi, le caillou est bouillant, nos gourdes presque vides et nos pieds commencent à se sentir à l'étroit dans nos petits chaussons. Tout cela n'incite pas à trop traîner...

Une à une nous gravissons les sept longueurs et nous nous rapprochons du sommet pour la deuxième fois de la journée.


Nous retrouvons là, nos compagnons de relais rencontrés le matin même. Leur vitesse de progression nous conforte dans l'idée lumineuse d'avoir choisi de les doubler un peu sauvagement mais avec le sourire quelques heures plus tôt.Nous profitons de la fin d'après-midi au frais au bord du ruisseau avant de cacher notre sac sous un bloc afin d'alléger la marche d'approche du lendemain. C'est ensuite reparti pour un tour dans la célèbre paroi rouge.


Ce mur est si déversant dans sa partie haute qu'il a donné du fil à retordre aux courageux grimpeurs coréens qui en tentèrent la première ascension, il y a quelques dizaines d'années. Nous aurons la chance de partager une bière avec l'un d'eux quelques jours plus tard près de Séoul. Nos échanges auront été limités par la langue mais j'imagine que ces aventures ont donné lieu à de succulentes anecdotes !

En tout cas, le topo en dit long aussi... A2, A3+ et même A4, le libre on oublie, on sort étriers, crochet fifi, pitons et marteau ! Nous n'avons pas tout cet attirail d'artificier en magasin ni franchement l'envie de passer des plombes pendus dans un baudrier alors nous optons pour l'une des rares voies d'escalade libre existante sur la paroi rouge. C'est une ligne qui borde la face par son côté droit et qui nous donne l'avantage de profiter d'une arrivée au sommet à moindre frais.

Il est 14h lorsque nous attaquons et la paroi est déjà à l'ombre ! On peut dire que cela fait maintenant quelques temps que nous navions pas eu si chaud !

Non seulement la saison des pluies arrive mais il semblerait que l'été aussi !


On serait bien resté encore quelques jours ici, à Seoraksan, mais un déluge est annoncé.

On profite donc du tout dernier créneau pour se lancer dans une interminable entreprise, une très longue arête sur le sommet principal du massif.


Et comme c'est presque aussi long à décrire qu'à grimper, je vous raconte tout ça une autre fois !

A plus !

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