samedi 9 septembre 2023

Paradis bleu ! !...Escal'A2roues#118




Les Blues Mountains nous auront offert un véritable arc en ciel de couleurs.

Grandes parois de grès aux nuances de gris et d'orangés, pistes de terre ocres, immenses forêts aux camaïeux de verts, larges choix de fleurs multicolores, oiseaux aux plumages blanc, jaune, rouge ou vert, couchers de soleil aux teintes roses et violettes, friends de toutes les couleurs accrochés aux baudriers pour se retrouver parfois un peu vert de peur au- dessus du dernier point et finir chaque jour avec les bouts de doigts de plus en plus roses, complètement usés, poncés par ce caillou si abrasif.

Et le bleu alors, me direz-vous ? Le ciel ! Un immense ciel bleu au- dessus de nos têtes et un grand soleil qui nous auront accompagnés durant plus de trois semaines, illuminant et réchauffant notre séjour dans les Blueys.

Une chance inouïe en plein hiver !


Une highway un peu trop fréquentée, une bande d'arrêt d'urgence parfois étroite, des pilotes Australiens qui ne coopèrent pas vraiment, un pourcentage de pente positif constant, un froid mordant et un furieux vent de face. Voilà à quoi ressemble notre ascension des Blueys : le paradis ça se mérite !


Nous découvrons ensuite un très vaste plateau boisé de forêts d'eucalyptus, entaillé par de profonds et larges canyons bordés par des parois magnifiques à perte de vue.

Les incendies passés ont bien laissé quelques cicatrices çà et là mais au milieu des troncs calcinés, la végétation a, au fil du temps, largement repris ses droits. Ici c'est le printemps en plein hiver, il y a des fleurs partout !







Quelques kangourous traversent la route dans la pénombre, tels des fantômes montés sur ressort. Debout sur leurs deux pattes arrières, ils sont plus hauts que nous lorsque nous sommes assis sur nos vélos, autant dire que les retours de nuits à bicyclette sont épiques.


Autour de notre tente, des possums font des folies nocturnes, faisant disparaître ou grignotant nos chaussures !



Chaque matin des cris d'oiseaux inconnus nous réveillent et juste avant que la nuit ne tombe, ce sont eux aussi qui sonnent la fin de la journée de grimpe. Il est l'heure de rentrer au nid pour les animaux volant et grimpant. Ainsi sont rythmées nos courtes et fraîches journées d'hiver...


Après plus de trois mois à ramper tant bien que mal dans des fissures granitiques ou à se faire quelques frayeurs dans des dalles lisses au Japon puis en Corée du Sud, j'avoue qu'en arrivant en Australie, je rêvais à un peu de "vacances" en matière d'escalade !

Mais c'était sans savoir que, ici aussi, la grimpe "trad" est encore une fois souvent au rendez-vous, ce qui veut dire que le baudrier est toujours bien lesté de coinceurs de toutes tailles,et qu'on observe minutieusement une ligne avant de s'y lancer, bien prudemment, ensuite.



Pour se reposer parfois l'esprit, il y a bien quelques voies "équipées", mais là encore, ce n'est pas complètement les vacances, puisque seulement une tige est à demeure sur le rocher et qu'il faut, avant de mousquetonner, enfiler avec précaution au risque de les voir disparaître dans le vide, ces ingénieuses petites plaquettes amovibles qui portent le joli nom de "carrots bolts"... Autant dire qu'il ne faut pas être complètement au taquet au moment de clipper et que le sac à pof est parfois bien encombré de toutes ces "carrots".




Et puis pour les jours de vraies vacances, il y a les véritables voies sportives, clé en main. Celles où l'on doit forcer et où l’on peut chuter en toute sécurité. Des scellements ou des goujons, quelques dégaines au baudrier, des lignes parfaites et juste le plaisir de se mouvoir sur le rocher.



Nous nous régalons de tout cet éventail de voies qu'offrent les Blueys.

Quelle que soit la manière d'assurer sa sécurité, les lignes sont toujours magnifiques et le rocher complètement incroyable : Parfois sculpté, quelquefois parsemé de trous, occasionnellement rayé de fissures rectilignes, souvent compact mais toujours très très adhérent.


Mais les Blueys ce sont aussi de longues strates horizontales et de très grands mouvements bien obligatoires. Une escalade très morpho mais pas si désagréable. Je n'ai pas souvenir de m'être déjà autant étirée en grimpant. Je pourrai presque espérer avoir gagné quelques centimètres en grimpant ici et en ayant réussi à attraper des prises paraissant totalement inaccessibles.


Ici, on oublie le 4c ou le 8a, on jongle plutôt avec des 14, 19, 24 ou des 32 !Nouveau système de cotations, nouvelles références. Rien ne sert de vouloir vraiment comparer à quelque chose qu'on connaît.


Le topo est si gros, les secteurs à découvrir sont si nombreux et les jours passent si vite. On aurait envie de visiter chaque falaise, d'essayer chaque voie et de rester encore et encore dans les Blueys. Dans le topo, des petites étoiles signalent les plus belles voies, autant dire que cela ressemble à un véritable ciel d'été !Parmi celles- ci, on trouve des itinéraires parfaits, des chemins verticaux comme ayant été créés pour qu'un grimpeur s'y délecte : la fissure à la bonne taille, la prise juste là où elle aurait manqué si elle n'y avait pas été, le petit pied qui solutionne le problème.

Certaines de ces lignes resteront gravées à jamais, des voies qu'on n'oubliera certainement pas.

Eternity, Janiceps, Guillotine, Gentleman, Blast off, Kaladan.... Ce sont les petits bijoux des Blueys.

Les perles bleues...






Et puis dans la série des voies étoilées, il y a aussi les constellations : les "multipitches", les grandes voies de plusieurs longueurs.Il y a Yak Banquet et ses 22, les plus durs de la terre ou Weldparty et ses belles longueurs faciles mais vraiment verticales.


De belles approches sur les plateaux, des accès par des ravins, des vires suspendues ou de vertigineux rappels...



Il y a Smegadeath, ses longueurs variées, cette alternance de rochers orangés et noirs, son toit renversant.




Et puis au milieu de ces étoiles, il y en a une qui vaut bien un bout entier de voie lactée : Hôtel California. Un itinéraire astucieux, un rocher infiniment sculpté, une immense traversée et des longueurs sur le fil d'une grande arête. 350 mètres de pur bonheur, c'est bien la première fois qu'on se sera payé le luxe d'un hôtel avec autant d'étoiles !






Et puis cette escale dans les "montagnes bleues" n'aurait pas été si belle sans les pépites qui y habitent.


Toutes ces personnes retrouvées ici par le plus grand fruit du hasard et toutes celles dont on a fait la connaissance pour notre plus grand bonheur ! Les voyages ne seraient pas aussi beaux sans les rencontres... et les Blues Mountains non plus !






Sydney, ici Sydney !...Escal'A2roues#117






Sydney... ici, Sydney, température extérieure 5 °C, 72% de taux d'humidité de l'air, 18h heure locale.

En quelques instants, nous faisons simultanément un bon dans l'hémisphère Sud, en Océanie et en hiver.

À peine débarqués, nous enfilons nos doudounes, nos chaussettes et même nos gore tex ! Remontage des vélos à la hâte dans le hall de l'aéroport, il fait déjà très sombre lorsque nous mettons le nez dehors.

Désormais, nous avons 8h d'avance sur vous, les Européens : nos nuits sont vos journées et notre hiver est votre été.


Sydney représente notre 15ème capitale visitée à deux roues. Contrairement au reste du pays que nous découvrirons ensuite, la circulation à vélo est assez agréable. On change une nouvelle fois notre rétroviseur de côté du guidon et on s'obstine à bien tenir notre gauche. Les cyclistes sont relativement nombreux, on roule sur les trottoirs ou sur de petites bandes aménagées en bord de rue. Pour accéder ou quitter la ville, il y a même de vraies pistes cyclables en bordure des grosses voies rapides. C'est grandement appréciable, cela permet même de se déplacer de nuit. Ici il fait nuit noire (et froid) à 17h. Dur dur pour la vie de campeurs !

Nous voici au pays des kangourous, des gens gigantesques, des oiseaux multicolores et du ballon ovale.

Grâce aux stades de rugby présents en plein centre- ville, la vie de bivouaqueurs urbains en pleine capitale est facilitée ! À un détail près : si l'herbe est si verte, c'est en partie parce qu'elle est arrosée chaque nuit par des asperseurs automatiques. Comprenez par -là que les clochards dormant sur cette herbe bien grasse prennent par la même occasion une douche froide et nocturne !

Le contraste est grand pour les voyageurs en provenance de l'extrémité orientale de l'Asie. Sydney est un vrai melting pot de visages. Quel plaisir d'observer tant de traits différents, de couleurs de peau variées et de styles vestimentaires multiculturels. Ici tout est plus grand et plus gros.

Les gens mesurent parfois pas loin de 2m et ils sont quelquefois très très gros, les paquets de chips et de m&ms sont énormes et les voitures ont presque toutes quatre grosses roues motrices et des plaques de désensablage sur le toit.


1 mètre de réglisse
2 kg de yaourt !

Autant dire que pour nous le changement est grand, puisque depuis plus de 3 mois, nous ne croisions que de petites personnes très sveltes, à la peau claire et aux yeux bridés et ne mangeant que des demi portions !

Désormais, nous nous fondons dans la masse et sommes noyés dans cette grande foule. Si bien qu'on a beau être deux touristes à vélo avec tout un tas de bagages colorés, les gens ne semblent pas prêter attention à nous et nous ne discutons avec personne. C'est presque une première.

Nous profitons de ces quelques jours citadins pour nous abreuver d'un peu de culture.


Malheureusement, ici, les prix aussi sont plus gros qu'ailleurs et nous buttons souvent devant le guichet d'entrée des musées à la vue des tarifs. Nous parvenons toutefois à entrer gratuitement dans quelques- uns et à profiter de très belles expositions en parvenant tant bien que mal (et plutôt mal que bien) à faire garder nos bagages. La vie était si simple dans ces pays où l'on pouvait laisser sans crainte nos vélos chargés garés, sans surveillance...




Ainsi nous découvrons tour à tour, l'art Aborigène, les animaux endémiques morts et empaillés (vu que le zoo pour les voir vivants est trop cher !) et de magnifiques photos à couper le souffle de parures corporelles Papoues.


Ces quelques jours en ville, nous permettent de comprendre qu'il va falloir aussi placer le curseur du mode "clochard", (pourtant déjà activé depuis des mois !) un peu plus haut si on veut pouvoir poursuivre encore l'aventure. Ça tombe bien, ici il est relativement facile et assez répandu d'aller glaner de la nourriture presque périmée dans les poubelles des supermarchés.

Ainsi, nous sauverons à de multiples reprises quelques kilos de pains délicieux des ordures! 


Il est temps, à présent, de reprendre le chemin des montagnes et celles qu'on vise sont paraît-il bleues. Depuis Sydney, atteindre les Blues Mountains demande quelques tours de pédales bien appuyés : on passe en une grosse centaine de kilomètres de l'altitude 0 à 1000.

Quand l'inclinaison de la pente s'accentue, que la route devient étroite, que la nuit tombe et que les pilotes Australiens ne coopèrent pas vraiment, cela donne l'opportunité de s'offrir notre tout premier bivouac dans le "bush".


Au réveil, on découvre émerveillés notre première grande forêt d'eucalyptus, des oiseaux de toutes les couleurs et des vétettistes qui jumpent d'énormes bosses juste au- dessus de notre toile de tente !Une halte pour demander de l'eau nous conduit à la première maison où quelqu'un bricole dans le garage.

...Voyons si les Australiens sont sympas avec les voyageurs à deux roues ?

C'est ainsi que nous faisons enfin notre toute première rencontre. En deux secondes, nous trois et nos accents sont démasqués : Alain est français !

Discussions matinales, bouteilles d'eau remplies, batteries rechargées, cafés et petits gâteaux... Quel bel accueil !

Le hasard fait qu'Alain et sa famille s'envolent pour des vacances en France dans quelques semaines à peine. Nous en profitons donc pour alourdir leurs bagages en nous délestant des rares choses encore superflues qui restent dans nos sacoches ! Merci Alain !


Nos vélos légèrement allégés et nos coeurs enrichis de cette nouvelle rencontre, nous reprenons la route qui grimpe vers les Blueys avec l'intime conviction qu'une fois encore les bonnes ondes sont avec nous.

Et c'est peu de le dire quand on connaîtra toutes les bonnes surprises que nous offrira notre séjour dans les Blue Mountains !

... la suite au prochain épisode !

Vélo vole !...Escal'A2roues#116






L'avion en vélo, le vélo en avionFrontières fermées, visas compliqués, mers ou océans à traverser et parfois une envie trop forte d'aller voir un peu plus loin ce qui s'y passe... "Vélo va vélo voleLa voie va où vélo vaVélo vire vélo volteOù va la vie vélo va..." ... Vous connaissez cette chanson ?Pour nous, c'est à chaque fois ou presque le même refrain :

Rechercher des billets d'avion incluant des bagages en soute (chose de plus en plus rare), pister les vols avec escales, opérés par une seule et même compagnie et sans transfert dit "autonome" (chose de plus en plus fréquente), acheter les billets les moins chers mais avec des horaires à la noix ou des durées interminables.


Rechercher ensuite un "bikeshop" (parfois en faire 5 ou 6) pour trouver deux grands cartons. Acheter des rouleaux de scotch puis sortir la caisse à outils et démonter guidons, pédales, selles, roues, porte-bagages et gardes boue avant... et parfois même roues, porte-bagages et gardes boue arrière.






Puis par une formidable partie de Tetris, faire ensuite rentrer tout ça dans ces grands cartons qui paraissent alors subitement beaucoup plus petits. La suite consiste à combler chaque espace libre par les duvets, la tente, le réchaud, la gamelle, les sacoches vides, des vêtements, la trousse de réparation...etc... quand il y en a plus, il y en a encore !

L'idée étant de ne pas excéder 23 kg alors que les vélos en pèsent déjà 18 !


La mission suivante consiste à trouver un moyen de se rendre à l'aéroport encombrés de ces très volumineux bagages. Grands taxis, bus, trains, métros, tram et même parfois bateaux... Pour le dernier vol en date, en Corée du Sud, tous ces moyens de transports étant trop onéreux, c'est à vélo que nous avons rejoint l'aéroport. Évidement, je vous laisse imaginer la scène : deux cyclistes roulant sur une autoroute avec des grands cartons pliés en 6 sur leur porte-bagage.

C'était pas "easy easy" mais pas si compliqué que ça tout compte fait...


Atelier démontage dans le terminal, lavage à grandes eaux et à la brosse à dent de tout ce qui pourrait présenter des traces de terre afin d'éviter d'affoler les douaniers à l'arrivée et de payer une décontamination lors de notre entrée en Océanie.C'est ainsi que nous quittons l'Asie : on peut, je crois, le dire sur ce plan là, certainement bien plus dégourdis qu'il y a 14 mois en y entrant.





Bref, tous les moyens sont bons pour tenter d'arriver en temps et en heure au guichet d'enregistrement. Là, nous découvrons, à chaque fois ou presque, amusés mais aussi un peu inquiets, la tête surprise de l'hôtesse de l'air clouée au sol afin d'assumer cette lourde tâche qu'est d'annoncer aux gentils voyageurs que leur valise est vraiment trop lourde, trop grosse et trop en carton.La tâche suivante est encore plus cruelle puisqu'il faut parfois leur annoncer que ce coup-ci, il s'agit de payer 15€ par kg pour l'excédent de poids.35 kg x 15 €... je vous laisse calculer et imaginer nos têtes !

C'est souvent plus que le prix du billet !Heureusement les surprises sont chaque fois différentes même si elles sont plus souvent mauvaises que bonnes. Mais globalement, on peut dire que même si c'est, à chaque fois, un peu crispant de ressortir sa carte bancaire et qu'il faut parfois négocier sévère, on finit à peu près toujours par tomber sur un commun accord dès lors qu'on déballe tout notre bazar en mode vide-grenier au beau milieu de la file d'attente de voyageurs qui sentent bons et ont de jolies petites valises à roulettes.


Une fois cette épreuve majeure surmontée, il ne reste plus qu'à se présenter au contrôle de sécurité où l'on se retrouve à devoir expliquer que ligoter le pilote avec tous ces rouleaux de scotch n'est pas vraiment dans nos plans et que la bouteille rouge qui sent l'essence est en fait notre gourde dans laquelle on boit chaque jour. Vous trouvez ça louche ? Nous pas... Enfin après avoir fait le tour de toutes les boutiques du terminal pour écouler nos derniers pesos locaux et se rendre compte à chaque fois qu'avec 20 centimes, on ne peut rien s'offrir du tout, il ne reste plus qu'à patienter gentiment en croisant les doigts pour ne pas qu'on nous appelle au haut parleur pour on ne sait quoi d'illégal aperçu au scanner dans nos cartons à vélo.



Enfin installés à bord, il ne reste plus qu'à s'asseoir tranquillement sur autre chose qu'une selle de vélo et attendre impatients l'heure du repas ; sans oublier évidemment de pirater tout ce qui peut l'être au passage : lingettes pour les mains, oreillers, couvertures, couverts, stylos ou écouteurs...


Regarder par le hublot, les nuages défiler en écoutant de la jolie musique... "Vélo va vélo voleLa voie va où vélo vaVélo vire vélo volteOù va la vie vélo va..."


































28
août