lundi 10 mars 2025

Pour quelques instants avec toi...

Il y a des journées qu'on ne voudrait jamais vivre, pourtant quand la vie ou la mort en décide autrement alors c'est à celles- ci qu'on aimerait qu'elles ressemblent.

En juillet 2022, alors que l'on pédalait en Arménie, je recevais un message de Flo. Je n'oublierai jamais ces trois phrases. "Marine a eu un grave accident. Elle y est restée. C'est fini."
En quelques secondes, une partie de mon monde s'écroulait. Finis tes grands yeux bleus et ton air malicieux, finis les fous rire, les blagues et la grimpe entre copines, finis les collants à étoiles et les combats dans les off-width, fini le grand huit à Las Vegas et les m&m's aux relais.
À l'autre bout de l'Europe, j'étais bien loin et si seule avec ma peine mais je fis une promesse. Je promis qu'un jour, je reviendrai (j'ai juste choisi le chemin le plus long, c'est vrai...), je viendrai visiter tes montagnes, je viendrai grimper cette voie, que Flo m'y guiderait et que je viendrai faire la connaissance de ton amoureux.
Fin novembre 2024, ma saison "estivale" touche enfin à sa fin, je prends la direction du Mercantour, non sans un mélange d'émotion, d'appréhension et d'excitation. De grandes retrouvailles avec Flo, un déjeuner en compagnie de Serge, ton papa et de Marc, ton amoureux tapisse mon cœur de douceur : je suis prête.
Dans son agenda hyper chargé, Flo a une seule petite journée de dispo mais nous sommes ultra motivées pour l'optimiser.
Là haut, au sommet de la Cougourde, c'est déjà presque l'hiver. Les cimes sont saupoudrées de neige, vent fort et températures quasi polaires annoncés, - 18 °C température ressentie !
Évidemment, on compte sur l'orientation Sud Est de la face, sur les rayons d'un doux soleil d'automne et sur notre enthousiasme débordant pour réchauffer l'atmosphère.
Nous enfilons une demie douzaine de couches de vêtements et remplissons quelques thermos de thé bien chaud.
En chemin, quelques noms connus de lieux, inconnus pour moi, parsèment la conversation : le "Coucou", le Boréon... Et puis la Cougourde apparaît : beauté !


Durant trois heures d'approche, mes jambes sont lourdes et mon cœur serré. Dans le ciel, les nuages circulent à toute allure, il fait glacial.
Au pied de la face, nous nous emmitouflons dans nos plus grosses doudounes violettes, nous donnant des airs de deux prunes en cavale. Capuche enfoncée jusqu'au nez, gros gants, grosses chaussettes, on est loin des températures d'un certain 7 juillet 2022.



Dans les premiers mètres d'escalade, nos gestes sont malhabiles et les premiers pas d'équilibre sont quelque peu hésitants, puis nos corps engourdis par le froid se délient peu à peu.
La suite se déroulecomme une partition presque parfaite. Flo me guide à merveille dans cet itinéraire qu'elle connaît bien, nos mains agrippent le gneiss, nos gestes déroulent, nous avalons les longueurs une à une.



Pas de temps à perdre, nous avons rendez-vous plus-haut. Quelques éclats de rire fusent, quelques larmes coulent, nos yeux brillent, de grands sourires illuminent nos visages et nos coeurs battent fort !
Offrande de quelques m&m's colorés au pied de la vire fatidique, gros câlin, blagues et sanglots. On a aussi promené quelques uns de tes mousquetons, ils ont pris l'air et ont eu l'air d'apprécier !
Tu étais là, pas loin, à nous observer avec ton air espiègle. On le sait !




Dans la tempête de vent, nous avons fait flotter quelques jolies couleurs pour toi, là haut au sommet et t'avons laissé un petit mot bien ancré.
Le lendemain, une tempête de neige s'abattait sur le massif, l'hiver arrivait... Le hold-up parfait !


Flo, merci infiniment pour ces instants suspendus, ces moment hors du temps et cette amitié précieuse. Dans la vie, il y a des jours magiques que jamais on n'oubliera celui ci en fait partie !

Dans leur jardin...

Dans leur jardin...

Dans leur jardin, il y a un ruisseau qui se fraye un chemin dans des gorges encaissées,
Il y a un sentier qui chemine à flanc de montagne entre chênes, châtaigniers, bruyères arborescentes et dalles rocheuses inclinées,
Il y a des parois, des arêtes et des piliers vertigineux, il y a du gneiss et des cristaux qui scintillent,
Il y a des mouflons qui volent, des milans qui bêlent et des châtaignes plein nos poches.
Il y a des vestiges d'antan, des terrasses et des murs de pierres sèches, des anciennes charbonnières et des pitons qui ont vu passer d'illustres grimpeurs.

Dans leur jardin, il y a des paillettes de bonne humeur qui volent partout. Ici, on part à l'aventure autant qu'on plaisante : la grimpe, ce n'est pas sérieux, c'est juste un jeu !
On saisit le rocher à pleines mains, on embrasse le caillou à bras ouverts et on use ses doigts sur chaque aspérité.
On joue aux équilibristes sur le fil d'une arête aérienne, on enjambe le vide comme on sauterait à la marelle et par un itinéraire astucieux, on finit toujours par rejoindre le sommet,
On ne manque alors pas d'embrasser ses compagnes et compagnons du jour, et de les remercier.
Et puis il y a un ravin à redescendre et une maison à rejoindre...

Dans leur jardin, il y a des centaines de tas de bois, quelques anciennes ruines reconstruites par leurs soins et de la fumée qui s'échappe de quelques braises encore tièdes.
Et puis il y a un petit cabanon devant lequel, un vieil homme attend.
Bernard et ses yeux rieurs qui pétillent, Bernard et son sourire jusqu'aux oreilles, Bernard et sa main en miette qui l'oblige à rester là sinon, pour sûr, aujourd'hui, il aurait été de la partie !
Sur la terrasse, il y a Jacotte, son charmant sourire et ses jambes en compote. Suivant l'horaire tenu (ou non) elle ne manque pas de vous féliciter ou de vous demander d'un air espiègle ce qui a bien pu se passer pour avoir tant traîné !

Chaque paroi, chaque voie, chaque passage, chaque piton, chaque relais: ils n'ont rien oublié ! Ici on a dessiné tout un tas de voies sur le gneiss Carousien, on a grimpé entre jeunes frangins avec une corde en chanvre de 20 mètres à la taille et deux pitons en poche et on a fait des relais sur... Des bouquets de marguerites.
Voilà ce qui arrive quand on grimpe en couple et qu'on est romantique !
Désormais, on grimpe, ils observent, ils imaginent, ils attendent, ils accueillent...
Au petit matin, Bernard et Jacotte guettent les grimpeurs qui viennent se garer dans leur champ, qui partent à pied et s'enfoncent au loin dans le bosquet, qui grimpent ce fantastique pilier et en fin d'après-midi, ils attendent impatients leur retour.
Une délicieuse odeur de châtaignes grillées au feu de bois plane alors dans l'air, le café est chaud, les bières sont fraîches et les petits biscuits sont prêts pour le goûter.

On raconte alors l'escalade du jour et celles des temps anciens, on sort les vieux topos, on écoute avec délice mille et une histoires toutes plus farfelues les unes que les autres, on voyage du Piz Badile au Campanile Basso et puis on revient toujours au Pilier du Bosc !
On rit, on vit !
Bonheur.





[ L'anecdote du jour ]

Un petit matin frais de novembre, Marine, Mendy, Maïté, Aude, Juliette et moi, sommes tranquillement en train de petit déjeuner laissant le soleil réchauffer le rocher des parois alentours quand un parfait inconnu d'un certain âge s'approche de nous.

Il nous demande tout d'abord si l'on grimpe, puis si l'on est du caf et enfin s'il y a un initiateur avec nous...
Puis l'air aussi intrigué que contrarié, il finit par nous poser cette "drôle" de question :
"Mais qui s'occupe de vous ?!"
Nous aurions pu pouffer de rire ou le découper en rondelles illico et puis finalement... À quoi bon ?
Alors nous avons fait comme tous les jours précédents : nous avons remplis nos sacs à dos, nous avons marché en direction de la paroi du jour et trouvé le pied de la voie. Nous avons grimpé, cherché notre chemin vertical, posé nos petits friends pour éviter de dégringoler jusqu'en bas, nous nous sommes appliqué à faire de beaux relais et surtout nous avons bien rigolé. Nous avons parlé des règles douloureuses de l'une, des amoureux de la seconde, des murs de la maison cassées à la masse par la troisième, de voyages au bout du monde, de contraception masculine, de l'escalade trad au Royaume Uni, de culottes menstruelles, de techniques pour aller faire de l'artif seule en s'auto-assurant...
Et vous savez quoi !? Et ben... on était bien tranquilles !
Personne ne s'est noyé en traversant le mini ruisseau, aucune de nous ne s'est perdue, personne n'a pleuré pour rien et on n'a pas fait pipi toutes les 10 minutes !
Et oui, en 2024, c'est comme ça ! Il va falloir s'y faire !

Des patates aussi !

Samedi, des patates,
Dimanche, des patates,
Lundi, des patates,
Mardi, des patates,
Mercredi, des patates,
Jeudi, des patates aussi !




Quelques tonnes de patates, des cheminées profondes, de beaux murs, des vautours intrépides, 5 jours de liberté absolue, deux vans, des petites guirlandes lumineuses, quelques feuilles de papier et des pinceaux...
4 grands sourires et 4 paires d'yeux qui pétillent !

Viva la vida !











{Invitation au voyage}

Un voyage en N&B, ça fonctionne aussi...








Un autre jour au paradis

... Des tours rocheuses renversantes, un soleil qui brille, des nuages qui joue au petit train, quelques vautours qui tournicotent, des bonbons multicolores au relais, des grands sourires et des rires qui fusent !

Que les bonnes ondes de ces journées durent encore et toujours avec les championnes de ces moments "bonheur" !


... Et comme dirait Manu C :
"La vida es una tómbola, de noche y de día
La vida es una tómbola, y arriba y arriba"

[ Escalade graphique ]

Certains font carrière dans la grimpe quand d'autres grimpent dans la carrière...


Pierre, papier, crayon !

"Rentrer chez soi", c'est aussi une super opportunité pour découvrir ce qui y est arrivé dans la boîte aux lettres en votre longue absence...

Quelle joie d'avoir enfin ce magnifique livre entre mes mains !
Quand art et croquis d'escalade se rencontrent, autant dire que l'invitation à la rêverie est forte et que c'est du caramel pour les yeux !
J'ai suivi, depuis l'autre bout du monde, la naissance de ce beau projet Expo Croquis, je l'ai vu grandir de loin et j'ai espéré fort qu'il voit, un jour, le jour.
J’ai modestement contribué à l’œuvre collective à ma manière, envoyant quelques petits dessins griffonnés en chemin.
Et puis l'exposition et le livre sont devenus réalité grâce à l'investissement et au travail d’Eli, Rafa et Juancar.

Un très grand merci et un immense bravo à eux !
L'exposition fait désormais escale à San Sebastian et il doit bien rester quelques exemplaires de ce beau livre à se procurer par ci par là.






Aux grandes occasions, les grands moyens... Bain chaud !


"Ne jamais remettre à plus tard ce que l'on peut faire tout de suite". J'aime bien cette formule mais ce coup-ci je n'ai pas brillé pour l'honorer, heureusement qu'il y en a une autre que j'aime aussi : "Mieux vaut tard que jamais".

En 2004, 2005 ou peut être 2006, (je ne me souviens même plus vraiment, tellement c'est loin !!) lors d'un stage initiateur alpinisme ffcam (qui s'appelait encore le CAF à l'époque), je faisais connaissance avec un tas de gars sympas.
Un guide, des grimpeurs, skieurs, alpinistes et grands voyageurs... Je me souviens les observer et les écouter parler les yeux ébahis et la bouche bée !
Parmi eux, il y avait Jacky, le poisson de l'équipe. Il avait dû, tout de suite percevoir le petit chat qui se cachait en moi et ma réticence totale à toute activité aquatique puisqu'il avait promis qu'un jour il m'emmènerait en canyon. Pour moi, cela relevait davantage du défi que de la balade aquatique entre amis. Les années ont passées, j'ai grandi et je me suis jetée à l'eau à quelques rares occasions... mais toujours sans Jacky !



Pas loin de vingt ans plus tard, la promesse tenait toujours. On avait attendu des lustres et voilà qu’il ne nous fallut que quelques secondes pour faire en sorte de se donner rendez-vous le lendemain matin, de dégoter une combi à ma taille et de se trouver un objectif.
Pouvais-je espérer mieux qu'une chouette matinée avec un ami de longue date, un joli petit canyon sans saut, où on a toujours pied et parcouru par de l'eau... chaude !
Aux grandes occasions, les grands moyens. Ça ne valait vraiment pas le coup d'attendre si longtemps !

Un immense merci Jacky !

Inspiration féminine !

En septembre, j'ai eu l'opportunité de guider par monts et par vaux (et aussi par hasard !) exclusivement des cordées 100% féminines. J'ai aussi eu la chance de retrouver des clientes et amies fidèles mais également de faire de belles rencontres.

Dans le registre des femmes inspirantes, il y eut tout d'abord Françoise et Patricia, 127 ans à elles deux, formidables compagnes de cordée lors d'une belle et grande aventure en paroi de Catalogne à Montrebei. Efficacité et bonne humeur furent au rendez-vous dans chaque longueur et à chaque relais. J'aimerais tellement être dans leur forme olympique et tant motivée à leur âge !
Puis, il y a eu cette anecdote racontée par Aude alors que nous grimpions ensemble vers le Néouvielle. Lors de sa première ascension du sommet, il y a quelques années, alors qu'elle hésitait presque à continuer car la randonnée se corsait un peu techniquement, une petite fille de 8 ans s'était faufilée avec l'agilité d'un isard. Au sommet, elle avait, avec assurance, fait un tour d'horizon, citant tous les noms des sommets environnant un à un. Il faut dire qu'en 8 ans de vie, elle en avait déjà gravies au moins la moitié ! À la descente, elle expliqua aux randonneurs qui se trouvaient là, comment se deplacer en baskets sans se casser le nez, sur la neige dure des névés récalcitrants. À l'heure qu'il est, on s'est demandé au camp de base de quel molosse, pouvait elle bien se trouver désormais !
Et puis, il y a eu ces trois jours en compagnie de Justine, Flo et d'Alice, trois jeunes mamans, aux Mallos de Riglos. Des parois aussi belles que déversantes, aussi attirantes qu’impressionantes.
Riglos, c'est bien connu pour mettre à bien rude épreuve les biceps des grimpeurs même les plus affûtés.
Alors autant dire que lorsqu'on a des enfants en bas âge et qu’on travaille à plein temps, j’imagine que les séances de grimpe peuvent s'en trouver quelque peu espacées les unes des autres et que l'entraînement peut même devenir carrément anecdotique.
Pas de quoi décourager ces trois super nanas qui m'ont impressionnée par leur détermination et leur légèreté même dans les plus gros dévers !
Mention spéciale à Flo, toujours en congé maternité (une première pour moi à l'encadrement, à quand les courses avec guide remboursées par la sécu !) et à Alice pour nous avoir guidées jusqu'au sommet du Mallo Frechin.

Un grand merci aussi à Justine d'avoir pensé à moi pour les accompagner dans ce long week-end versant sud et loin de la marmaille !
Merci à toutes pour l'inspiration !