jeudi 15 août 2024

Triathlon du diable..!Escal'A2roues#196



Agulha do diabo, une autre aiguille à ne pas rater mais encore faut-il aller la chercher !


Une journée d'enfer... 25 km de vélo + 7 h et 18 km de marche à pied + 9 longueurs de grimpe + 4 rappels

Ce n'est pas tant de la combinaison parfaite de ces trois activités dont on se souviendra, ni même de toute cette marche de facteur pour aller grimper sur une belle aiguille nichée au cœur de la Serra do Órgãos, ni même d'avoir fait tout ça pour grimper seulement deux vraies longueurs d'escalade et sans trop de bartas.

Non, on se souviendra plutôt qu'après une longue randonnée, après être montés, descendus, remontés, nous avons débouché à un petit col et que soudain, une incroyable aiguille à fait son apparition comme par enchantement ! Quelle émotion !


On se souviendra aussi du précipice qui nous en séparait encore et qu'à cet instant, on s'est dit que la marche d'approche semblait encore loin d'être terminée et qu'il allait peut-être falloir sortir la corde avant même le pied de la voie !

Et puis surtout, surtout.... On n'oubliera pas le crux de la journée : une grande cheminée !

Verticale, large, peu adhérante, impressionnante et équipée seulement de 2 points pour en atteindre son sommet ! Évidemment pas de crashpad au fond mais des gros blocs qui attendent les bras ouverts la malencontreuse zipette de pied, de dos, de fesses, d'épaules ou de paume de main du pauvre grimpeur désespéré !




Inutile de dire que ce genre d'aventure verticale laisse quelques traces :

1/ Quelques frayeurs et jurons !

2/ Quelques trous dans nos uniques vêtements !

3/ Une décision prise : les cheminées, c'est terminé !

vendredi 9 août 2024

Pedra da Gavea!Escal'A2roues#194





Acte I : << Pedra da Gavea, version "un peu fast & très light" >>

Parmi les sommets classiques qui parsèment l'étonnante ville de Rio, il y a Pedra da Gavea. Sa forme sommitale carrée caractéristique se repère de loin : une cime plus plate que les autres et une face rocheuse ponctuée de quelques cavités étrangement alignées qui surplombe la mer.

"Passagem dos olhos" est une petite grande voie de 4 longueurs qui parcourt cette paroi. Sa particularité ? Une seule longueur ascendante et trois qui traversent quasiment la face à l'horizontale. Le genre de situation où il vaut mieux opter pour le rôle de premier de cordée que de second !

1er mai, jour férié ! Tout les cariocas ont eu la même idée que nous : aller se balader à Pedra da Gavea !


Sauf que nous, il est déjà 11h lorsque l'on se décide à partir en balade ! Une demie-heure plus tard, on a mis la main sur un topo de "Passagem dos Olhos" et rassemblé le matos nécessaire.

25 km de vélo nous séparent du point de départ de la marche d'approche. Il faut ensuite compter environ 1h et quelques centaines de mètres de dénivelé pour parcourir cette dernière. S'en suivent ensuite 4 longueurs et un bout de via ferrata dans une face ensoleillée toute la journée.

Après ce départ tardif, le temps presse un peu. En ces journées hivernales la nuit tombe vers 17h et le parc national ferme également en fin d'après-midi. On opte donc pour le concept "fast & light" !

50 km de vélo en mode rallye sur des pistes cyclables bondées en ce jour férié, 2h de marche au pas de course en zigzaguant entre un nombre incalculables de promeneurs , 1h30 d'escalade en prenant garde à ne pas trébucher, 1 paire de chaussons pour deux, une casquette en guise de casque et une ficelle à rôti hyperstatique de 5 mm faisant office de corde. Ça écarte définitivement toute envie de se casser la figure !

Un soleil qui brûle et quelques gouttes d'eau dans le fond d'une bouteille incitent aussi à ne pas traîner en chemin !

C'est chose faite. Nous sommes de retour à Rio avant la nuit, grillés comme deux merguez et heureux comme 2 cariocas d'être allé au sommet de Pedra da Gavea !





Acte II : << Pedra da Gavea, version "hike, climb & fly" >>

Quelques jours après notre première ascension, nous voici de retour à Pedra da Gavea avec, ce coup-ci, dans le rôle de la seconde de cordée, Lise !

J'enfile cette fois ma casquette de guidette et m'équipe d'une vraie corde et même de quelques friends.


Bruno, quant à lui, se glisse dans la peau d'un parapentiste. Une grande voile gentiment prêtée par Marcio, un peu de matériel d'escalade pour ajouter quelques kilos et lester un peu l'animal... il paraît que c'est comme le vélo : "voler, ça ne s'oublie pas !" (Ah bon... s'il le dit !)

Nous voici donc parties pour un nouveau parcours de "Passagem dos olhos" en cordée féminine. Lise exécute avec brio et sourire aux lèvres chacun des pas de cette longue traversée horizontale. Ça tombe bien parce qu'une chute serait aussi problématique pour ma seconde de cordée que pour moi-même à l'assurage !

Pendant ce temps, Bruno déplie la voile au sommet et tente de se souvenir à quoi peuvent bien servir toutes ces ficelles. Une fois ce casse-tête complètement résolu ou presque, je passe en mode "chien de traîneau" et m'élance en courant face à la pente en jouant à saute mouton par dessus de grosses touffes de végétation. Derrière moi, un cycliste ayant des ambitions aériennes et derrière encore un grand bout de tissu qui flape ! Lise, quant à elle, immortalise la scène avec son appareil photo !




En quelques secondes, alors que le bord de la falaise se rapproche à vue d'œil, les caissons de la voile se remplissent d'air et les pieds du parapentiste quittent le sol alors que les miens restent sur terre ! Ouf ! Ne reste plus qu'à vérifier si effectivement "voler, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas !".

Rendez-vous à la plage ! (Oui, ici c'est sur le sable blanc et entre les palmiers qu'on atterrit!)



mercredi 7 août 2024

Escalades urbaines!Escal'A2roues#193






À Rio de Janeiro, la visite touristique, ça commence sur le rocher !

Le Pain de Sucre est sûrement LA paroi la plus connue du Brésil mais ne vous y méprenez pas, on trouve ce genre de collines rocheuses (inselbergs) un peu partout dans la ville de Rio et même dans différentes régions du pays.

Au Pão de Açúcar, la voie des Italiens est l'archi-classique du coin. Le lendemain de notre arrivée à Rio, nous étions déjà, de très bon matin, au pied de ce gros monolithe de gneiss et en très bonne compagnie ! Anita, notre bienveillante hôtesse se joint à nous et Silvio l'un des plus fameux alpiniste brésilien nous guide.

Silvio et Bruno s'étaient rencontrés en Patagonie, il y a des années mais ils ne s'en rendront compte qu'une fois au point de rendez-vous. Se lever à 4 h 30 un dimanche matin, pour venir nous accompagner dans une voie déjà parcourue pas loin d'un millier de fois avec des clients dit tout de l'immense gentillesse de Silvio.





En parcourant, la voie des Italiens, le ton est donné pour toutes les autres escalades brésiliennes qui suivront ! Trente degrés à 8h du matin, dalles et points bien éloignés, ce n'est pas dur mais il ne faut pas tomber !

Ici la descente en télécabine est offerte à tous ceux qui sont montés jusque là par leurs propres moyens. Sympa comme concept ! Et comme on kiffe quand c'est gratos, on aura plutôt bien amorti le cadeau en gravissant le Pain de Sucre à trois reprises par trois voies différentes !


On remet donc le couvert, le jour suivant pour une autre grande classique d'un tout autre genre. C'est bien simple, au Brésil, deux styles d'escalade prédominent : la dalle et la cheminée. On a testé le premier, reste à expérimenter le second.

Rendez-vous donc sur le Totem, cet espèce de gros pilier qui borde la face Ouest. De part et d'autre se trouvent deux cheminées, la "Cheminée stop", à gauche et la "Galloti", à droite.Fidèles à nos convictions, nous optons pour le côté gauche et l'intuition fut plutôt en notre faveur.

Même si parcourir la "Cheminée stop" fut loin d'être une balade de santé (malgré des cotations en 3 et 4), la Galotti est réputée plus dure, plus exposée encore et plus mystérieuse. En effet, lors de la seconde ascension, les grimpeurs ont eu la drôle de surprise de rencontrer une momie. Un homme mort depuis des années qui haut dans la paroi gisait seul. Sa tête était bloquée dans une large fissure. L'histoire de ce mystérieux grimpeur solitaire et précurseur a du, on l'imagine, hanté de bons nombres de grimpeurs modernes.

Nous voilà donc partis pour une journée dans les entrailles du Pain de Sucre !

Un étrange mix entre escalade en solo et spéléo encordée.200 mètres de cheminée... Large, obscure, parfois glissante, toujours hyper exposée... mais à l'ombre ! (Avantage non négligeable quand il fait presque 40 degrés à l'extérieur !)

Je crois que ce coup-ci, j'aurai quand même préféré mourir de chaud que d'expérimenter la grande dégringolade dans une profonde faille avec un point tous les 20 mètres qui en plus ne se voit pas dans l'obscurité ! ...Parce que, là aussi, c'est chaleur assurée !

Devrais-je ajouter qu'aux regards des cotations (qui ne veulent d'ailleurs rien dire !) Bruno avait délibérément décidé de ne pas prendre ses chaussons et que je me retrouvais donc dans le rôle du joker/fusible de la journée ! Ramonage et ronchonnage au programme... mais une deuxième au sommet du Pão de Açúcar !

Les cheminées sont vraiment une institution au Brésil et plus d'un grimpeur a du y voir les diables. On en fait très certainement partie !


Le pire, c'est qu'en bons petits inconscients, nous avons récidivé ensuite dans le même style sur d'autres parois ! Il faut honorer les coutumes locales.

Pourtant celle-ci s'appelait la "chaminé STOP". Il aurait simplement suffit d'inverser les deux mots pour passer ensuite de bonnes vacances !!


Pour cette troisième et dernière visite au Pain de Sucre, on change radicalement de styles et de cotations : ︎W︎A︎L︎D︎O︎ 330 mètres, 7a+

* comme le 3 et le 4 en cheminée, c'était pas si facile, on décide d'aller voir ce qu'il en est dans le 6 et 7ème degré... enfin dans le 8ème même, devrai-je dire puisque selon le système de cotations brésilien 7a+=8a (C'est bien la première fois qu'on se lancera, sans erreur d'itinéraire, dans une grande voie avec des cotations en 8 !)

* ce coup-ci, on choisit un style "escalade extérieure". Ici, si tu tombes, pas de débaroulage et cabossage version spéléo. C'est raide et c'est un trou dans l'air que tu feras en chutant ! Murs verticaux et toutes petites prises, rocher pas toujours solide et cotations plutôt justes.

* une voie sportive à la mode brésilienne, c'est à dire bien équipée pour eux, relativement engagée pour nous ! Des relais mono-points qui te coupent tout net l'envie de prendre un facteur 2 ou bien de devoir t'échapper par le bas !

* une face Nord qui prend le soleil très tôt et qui te motive à tracer le plus vite possible vers le haut !

* enfin une sortie triomphale (!!) sur les terrasses des belvédères au sommet dans des dalles considérées faciles avec les points à perpette, couvertes de terre et de feuilles sèches suivie d'un bartassage dans les cactus pour rejoindre la civilisation. En tant que ... parfaite jardinière, je m'y suis collée... et piquée !


Sinon WALDO, c'était dur sur le papier mais sur le rocher plus cool !

À présent, on a eu notre dose de sucre, d'émotions et de descentes mécanisées, on change de paroi pour les prochaines escalades!

Cariocas#3 (suite et fin)!Escal'A2roues#192



[Une course contre la montre dans les rues de Rio by night : suite et fin...]


Alors que la gare routière n'est plus qu'à quelques encablures et que tous ces souvenirs se mêlent et s'entremêlent sur des airs de samba dans ma tête, j'ai finalement un sentiment étrange. Il faudrait des années pour découvrir chaque recoin d'une si grande ville.


Pourtant ce soir, alors que l'on s'apprête à quitter Rio, on s'y sentirait presque un peu comme chez nous. Nous avons passé quasiment un mois ici. Un mois dans une vie nomade, c'est presque une parenthèse sédentaire. Les noms des différents quartiers de cette ville résonnent en nous. Nous y avons fait de vraies rencontres et partagé du très bon temps avec certains de ses habitants, nous avons escaladé les principales parois, gravis les sommets les plus célèbres.

Nous avons marché dans les ruelles raides des favelas, nous avons écouté de la samba le lundi soir, nous avons marché sur l'immense plage de Copacabana, nous avons vu le jour décliner depuis le sommet du Corcovado et vu le soleil se coucher sur le Pain de Sucre : Ce soir, on se sentirait presque un peu Cariocas !


Et en même temps, je ne peux m'empêcher de repenser à ce premier soir... C'était un mois plus tôt, il faisait nuit et nous venions de passer plus de cinquante heures dans un bus quand nous débarquâmes dans cette même gare routière. Cinquante quatre heures et un bond de presque 3000 kilomètres : Buenos Aires - Rio de Janeiro.




D'un environnement familier à l'inconnu le plus total.Non seulement nous débarquions dans un nouveau pays, nous allions rencontrer une nouvelle culture et entendre une nouvelle langue mais nous nous trouvions également catapultés, fatigués, en plein centre du pays, dans une très grande ville et en pleine nuit.


Rio.

Trois lettres qui représentaient à elles seules un grand nombre d'inconnus, une consonne et deux voyelles qui actaient notre entrée au Brésil, un nom exotique qui attisait notre curiosité. Aurait-on imaginé voyager ici, une fois dans notre vie ? Aurait-on cru qu'on pédalerait un jour à Rio de Janeiro, dans ces petites rues sombres, sales et animées ou sur ces grandes avenues éclairées et désertes ?

Les diverses prises de contacts et d'infos auprès des amis brésiliens d'amis français ou argentins, auprès de connaissances de connaissances éloignées, les multiples messages échangés durant ce long trajet en bus qui avait précédé notre arrivée au Brésil n'avaient été que mise en garde et sources d'inquiétudes. Certains se voulaient toutefois nuancés: disant que Rio était une ville belle, sympa mais très dangereuse, où que le Brésil était un pays pauvre, dur mais attachant, quand d'autres étaient définitivement alarmistes sans n'apporter d'ailleurs aucune aide et aucune réponse aux questions posées !

La psychose ne me semblait parfois pas loin... À quoi bon vouloir tant nous effrayer puisque de toutes façons, nous étions déjà là, nous et nos vélos et que nous n'étions pas prêts à changer radicalement nos manières de voyager ni d'appréhender le monde et les humains.

Il faudrait néanmoins, et c'est le cas à chaque nouvelle frontière, observer, comprendre et s'adapter à ce nouveau rythme et façon de vivre. Combien de fois depuis notre départ, avions-nous déjà entendu dire que tel endroit était dangereux, qu'il ne fallait pas se déplacer à vélo dans tel autre, qu'il valait mieux éviter de sortir la nuit ici ou ne pas se balader seul là bas ?

Autant de craintes qui se sont le plus souvent révélées relativement infondées ou exagérées. Plus qu'une insécurité avérée, il s'agissait la plupart du temps d'une histoire de chance ou plutôt de malchance, d'une mauvaise rencontre comme cela peut se produire un peu partout dans le monde. Mais ce coup-ci, tout les discours semblaient unanimes et des mots un peu inquiétants parvenait à nos oreilles sans que l'on puisse réellement les filtrer : vol, braquage à main armée, viol, agression, flingue, disparition... Nous n'avions encore rien vu, rien perçu et déjà on était prêt à imaginer le pire !

De ces échanges, on finit par conclure que le bivouac urbain n'était peut-être pas l'idée la plus judicieuse. On se mit alors en quête, pour cette première soirée, de quatre murs où passer la nuit et d'un lieu sûr pour déposer nos affaires le temps où nous irions grimper. Les hasards des algorithmes d'Instagram, la solidarité des grimpeurs et de compatriotes français feront le job à merveille. Durant un mois, nous serons hébergés et accueillis ici et là comme prince et princesse !

Pour la première et unique fois du voyage, nous décidions pour ce premier trajet vers le centre ville, de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier : c'est à dire appareil photo, passeport, argent, téléphone, go pro, cartes SD et clé USB dans la même sacoche de guidon. Je me rappelle m'être sentie quand même un peu ridicule de répartir nos uniques biens de valeurs dans les différentes sacoches d'un seul et même vélo. Cétait un peu comme ne pas avoir bien compris que si nous devions tomber nez à nez avec un gros voleur armé d'un pistolet, ce ne serait certainement pas un débutant !

Ce soir, un mois plus tard, lors de ce même trajet en sens inverse, tous nos œufs se trouvent à nouveau dans le même panier. Comme un signe, nos plus précieux objets se trouvent à nouveau réunis dans la même sacoche : la plus accessible et la plus simple à ouvrir. Ce soir, on ne parle toujours pas la même langue que les gens autour de nous, pourtant on parvient à communiquer avec eux. Nous ne sommes pas inquiets, nous connaissons ces lieux, nous avons confiance en l'humain et nous sommes prêts à suivre et à écouter encore un peu notre instinct.

Ce soir, nous connaissons un petit peu mieux Rio mais il nous reste tout le Brésil à découvrir ! Et on a hâte !


Comme une ironie du sort et en guise de conclusion...

Minuit, après ce semi-marathon à deux roues, nous voici arrivés en temps et en heure à la "rodoviaria", la gare routière. Sur le quai d'embarquement, le bus est déjà là, pourtant en quelques secondes, on comprend que les vélos ne sont pas les bienvenus à bord de ce bus de nuit à étage et à petites soutes, on comprend assez vite qu'il n'y a pas vraiment de négociation possible et on en déduit enfin qu'on va se retrouver, d'ici peu, comme deux couillons avec nos billets périmés à la main sur le quai en regardant le bus s'éloigner. Notre compréhension s'avéra plutôt exacte et c'est à peu près comme ça que la scène se déroula !

"Coucou, c'est encore nous !"

C'est ainsi qu'à minuit et demi, nous informions nos hôtes que nous reprenions le chemin en sens inverse et que nous serions Cariocas pour une nuit encore !

Le ciel de Rio se mit à pleurer et la pluie ne fit que s'intensifier durant plus de 24 h. Nous n'avions pas vu une goutte d'eau ici, jusque là.

A 2 h du matin passé, nous étions comme deux chats de gouttières mouillés. La porte était encore ouverte, le lit était fait, une douche chaude, des vêtements de rechange nous attendaient et le lendemain matin une nouvelle journée à Rio commençait avec en guise de petit déj, une grosse pile de crêpes !


Merci à Anita, Lise, Aurélien, Tilly, Elliot, Marcio, Sida, Wally, Silvio, Leo, Mel, Guillaume, Judith, Augustin, Anne et David d'avoir fait de nous de petits Cariocas de cœur !

[Fin]



Cariocas #2 (suite)!Escal'A2roues#191





[Une traversée cycliste et nocturne de Rio et une boîte à souvenirs grande ouverte...]

23 h10, nous nous sommes enfin échappés, avec brio, de la grande fête. Ce ne fut pas simple, les invités ne pensant qu'à nous gaver de quelques délicieux toasts supplémentaires en ayant encore mille et une questions à nous poser. Le bus, quant à lui, n'allait certainement pas attendre que les bougies soient soufflées, le gâteau dévoré et tous les verres vidés pour se décider à se mettre en marche !

Nous voici donc en selle : direction la gare routière !

Au bout de la rue, un tout premier panneau indique la direction opposée à celle que nous devons emprunter pour nous rendre à la gare routière, il y est indiqué "Praia de são conrado". Une plage qui, pour moi, sonne comme l'arrivée du semi-marathon de Rio dans lequel je me retrouvais quelques semaines plus tôt, embarquée par le plus grand des hasards, un dimanche matin, après une courte nuit et 3 heures de sommeil au compteur, sans dossard et équipée de baskets pointure 40 pour mes petits pieds chaussant du 37. On court plus vite avec les bottes de 7 lieues ! 



[Pour la petite anecdote, on parle de "pipoca" quand il s'agit de participer à une course sans y être inscrit. "Pipoca" cela signifie "pop corn" en portugais, mignon non pour une athlète en carton ?!]

Pour Bruno, la plage de São Conrado est, quant-à elle, synonyme de zone d'attero exotique entre palmiers, sable fin, baigneuses en bikinis et marchands de noix de coco. Le hasard des rencontres, le prêt d'une voile de parapente et un envol depuis le classique et mythique sommet de Pedra da Gavea redonnait à ce terrien des désirs célestes ! Une grande voile appartenant à un parapentiste de 90 kg prêtée à un cyclo-grimpeur au poids plume, ça fonctionne à condition de se lester d'un peu de matériel d'escalade et d'avoir un bon chien de traîneau au déco !




Mais revenons à nos moutons... Quelques coups de pédales supplémentaires, nous mènent ensuite jusqu'à Ipanema. Ipanema, c'est comment dire... chez nous ! C'est ici que vivent Lise, Aurélien, Tilly et Eliott et c'est dans leur immense appartement aux grandes baies vitrées, donnant sur la lagoa, que nous avons posé nos sacoches à Rio ! Rencontrés lors d'une projection de notre film au Centro Excursionista Brasileiro, les échanges qui suivirent le film furent si riches et si enthousiastes que nous nous retrouvâmes invités par cette adorable famille française. Logés, nourris, blanchis et même plus encore, nous aurons été complètement chouchoutés et notre séjour à Rio s'en est trouvé considérablement allongé.

C'est bien simple, on a vraiment cru qu'on n'zen repartirait jamais !


Un frigo toujours plein à craquer de délicieuses choses, une chambre et une salle de bain rien que pour nous et par la fenêtre, on aurait presque pu tirer un rappel pour accéder à la paroi faisant vis à vis. Aussi chaque matin, durant le petit déjeuner, le petit jeu consistait à compter le nombre de cordées dans les grandes voies.



La suite de la journée était toujours bien remplie. Quel programme ! Balades, vélo, grandes voies, séances de bloc, parapente, gym, course à pied, musée, marché, ostéo, concert, compétitions d'escalade à la télé, plage, fondue, pizzas, crêpes et tarte tatin ! De quoi largement recharger les batteries à les faire même exploser de tant d'énergie, de bienveillance et d'amour !

Sûr que nos chemins se recroiseront les amis !


Un peu plus loin, nos roues roulent le long de la plage de Copacabana. Une piste cyclable, déjà parcourue à maintes et maintes reprises ces derniers temps, nous permet de remonter cette plage aussi mythique qu'interminable.


On peut dire que nous avons connu et fréquenté Copacabana dans tous ces états : En mode après-midi ensoleillé, le temps d'un week-end où nous étions venus détendre nos orteils en marchant sur le sable humide après une grande voie en dalle dans des chaussons qui martyrisent les pieds. Il fallut alors zigzaguer entre les châteaux de sable et les enfants qui jouent, les grosses personnes échouées sur le sable en plein soleil, les quelques rares baigneurs qui défient les grosses vagues, les marchands ambulants de cocktails, les joueurs de foot qui arrivent à faire des trucs de dingue avec un pied qu'on n'arriverait même pas à faire avec nos deux mains ! Ici la mode semble être au maximum de volume corporel et au minimum de surface de tissu: seins et fesses ultra volumineux et maillots de bain extra minuscules. Copacabana, c'est "the place to be" pour être à la page de tout ce qui se fait de plus tendance en matière de chirurgie esthétique !

On a aussi vu Copacabana sous la pluie et vide un jour de semaine mais c'est aussi ici qu'on a sûrement vécu notre plus grand bain de foule quelques semaines plus tôt. Concert gratuit de Madonna sur la plage de Copacabana, le fameux "Celebration tour"... Imaginez le cirque ! On s'est retrouvé pressés comme des citrons dans la foule, on a attendu des heures parce que madame commença le spectacle avec plus d'une heure de retard, on a entendu des chansons qu'on ne connaissait pas du tout, on a entendu les gens hurler et on en a vu d'autres tellement contents qu'ils pleuraient beaucoup. Nous ça nous a fait ni chaud ni froid, on a rien vu ou presque... mais on y était !! Concert de Madonna à Copacabana, stylé non ?



Un peu plus loin alors que nous roulons aussi vite que possible, un panneau indique que le "Pão de Açúcar" se trouve sur notre droite. Le Pain de sucre !

La paroi la plus fameuse de Rio sur laquelle on trouve la voie d'escalade la plus célèbre du Brésil : "la voie des Italiens" ! Dès le lendemain de notre arrivée, à 6h du matin, nous étions au pied de cet impressionnant "moro", accompagné de Silvio Netto, on ne pouvait pas rêver meilleur guide !

Ami d'ami d'ami, nous avions contacté Silvio quelques jours plus tôt pour finalement se rendre compte, arrivés au point de rendez-vous, que Bruno et Silvio s'étaient déjà rencontrés, il y a des années en Patagonie ! Silvio, c'est la bonne humeur et la bienveillance incarnée. Évidemment, il connaît chaque minuscules prises du Pain de Sucre comme sa poche mais c'est surtout son sourire et ses anecdotes qui nous guident durant ces 300 mètres de grimpe.



Il est à peine 8h et quelque lorsque nous débouchons sur les terrasses sommitales. Simple, rapide, efficace et enthousiaste. Quel autre guide local serait venu avec plaisir parcourir un dimanche matin cette voie déjà escaladée un million de fois ?


Au sommet, à cette heure matinale, la chaleur arrive à peine, les touristes sont déjà là. Après un tour d'horizon, nous sautons dans la télécabine. Voyage descente offert à toutes personnes montées ici par leurs propres moyens !

Mais revenons à nos vélos et à notre trajet vers cette maudite gare routière. L'heure tourne, les kilomètres s'accumulent au compteur.

Ici, une autre pancarte indique une nouvelledirection. "Botafogo", c'est dans ce quartier que se trouve notre toute première maison à Rio. Quelques jours avant notre arrivée dans la capitale Carioca, les mystères des algorithmes des réseaux sociaux ont fait qu'Instagram m'a proposé de découvrir le profil d'Anita. Zéro connaissance commune mais une photo de profil sur laquelle on pouvait voir du rocher de couleur sombre faisant penser au paroi de Rio. Je me décide à lui écrire, elle fait le choix de me répondre. Je lui explique que l'on prévoit de débarquer dans quelques heures à Rio et qu'on nous a déconseillé d'expérimenter le bivouac urbain dans la grande ville brésilienne. Elle confirme et propose spontanément de nous inviter chez elle. Son copain étant absent ces jours-ci, elle est seule avec ses deux chiens. Nous nous serrons donc tous les cinq quelques jours durant dans son minuscule appartement. Pour accéder à ce dernier, il n'y a pas moins de 500 marches à grimper : stage remise en forme assuré !


Botafogo, c'est un quartier bien sympathique un petit marché plein de fruits colorés tous les samedis matins. Ce sont des vendeurs qui rigolent, qui s'interpèlent, qui discutent avec les clients et qui semblent heureux de voir deux touristes ici. Au marché de Botafogo, tout le monde semble être amis !



 



Mais Botafogo c'est aussi un accès sur la baie de Rio et un petit port de plaisance.C'est justement au centre nautique qu'une après-midi, nous retrouvons Wally, rencontré au Centro Excursionista de Rio qui nous invite à faire une virée sur son voilier.



À notre tour, nous invitons Silvio et l'équipage est au complet ! Un capitaine et trois matelots en route pour aller admirer le coucher de soleil sur le Pain de Sucre.

Mission réussie ! Décidément le club Med à Rio, c'est vraiment chouette, merci Wally !



23 h 23... encore une dizaine de kilomètres à parcourir ce soir mais je ne peux m'empêcher de rêvasser encore un peu.

Je pédale le nez en l'air, le ciel est partiellement couvert mais entre les nuages, des milliers d'étoiles scintillent. Parmi elles, tout là haut, un grand gaillard blanc, bras ouverts, debout face au vide et éclairé de dizaine de projecteurs veille sur la ville presque endormie.

Le Christ rédempteur, perché au sommet du Corcovado est sûrement ce qui symbolise par excellence Rio de Janeiro.

Quelques jours plus tôt, nous étions nous aussi au pied de cet immense bonhomme de 38 metres de haut adulé par les foules. Au milieu de ces centaines de touristes venus du monde entier jusqu'à Rio "pour monter là haut " , deux extra-terrestres, sortirent des buissons surplombant la falaise, enjambèrent la balustrade de la terrasse panoramique... un baudrier, plein de quincaille et une corde sur l'épaule.


Il ne fallut pas longtemps au service de sécurité du lieu pour repérer les deux huluberlus débarqués des coulisses et se rendre compte que, Ô mon dieu, St Bruno avait le torse completement dévêtu.

Pas de bras, pas de chocolat !

Pas de polo, pas de Corcovado !

C'est écrit dans la bible, paraît-il...

C'est ainsi que l'on nous demanda gentiment de déguerpir au plus vite de ce lieu sacré ! ... C'est marrant parce que d'habitude, sauf erreur de ma part, dans les églises, c'est toujours le même mec qui a oublié de mettre son t-shirt avant d'aller se faire clouer sur une croix ! Allez, j'arrête...


Ce coup-ci, il commence à bruiner.

Dommage, on risque d'arriver à destination non seulement en retard mais aussi mouillés !

Un panneau à gauche indique Flamengo, c'est ici que vit Anne chez qui je me suis retrouvée à assister moi et ma souplesse légendaire à un cours de fitness (si si !), un peu plus loin Santa Tereza et ses fameux "Escaliers Selarón" tout couverts de carreaux de céramiques glanés dans le monde entier.





Un peu plus loin, voilà Pedra do sol et sa place qui chaque lundi soir s'anime au rythme des joueurs de samba.


C'est ainsi que je parcours les derniers kilomètres de ce trajet avec ces airs musicaux en tête.

Il pleut désormais, il fait aussi nuit noire mais dans ma tête, il fait soleil !!

[Suite et fin, à suivre...]